Les trous noirs de la mémoire


Ce qu’il y a de fascinant avec les grandes pages de l’Histoire, c’est qu’elles sont à elles seules des livres entiers, au nombre incalculable de feuillets. Certains d’entre eux, malgré le temps et les recherches, vont rester vierges, parce que les événements qu’ils concernent ne sont pas “politiquement corrects”; ils ne rentrent pas dans le discours dominant. Ainsi, le sort de ces soldats russes “vendus” par le Tsar à la France en 1916, contre des armes, et qui vont se retrouver victimes d’une révolution qu’ils n’ont pas faite. Ceux qui ne seront pas massacrés par l’armée française, dans le camp de La Courtine où ils sont internés, deviendront une main-d’œuvre exploitée dans les usines françaises. Masai met ses pas dans ceux de Nicolaï, Russe d’origine mais Français, choisi comme interprète et qui prendra fait et cause pour ses compatriotes. Un roman sensible, intelligent et bien écrit pour rendre hommage à ces oubliés d’une “grande” guerre dont, décidément, on n’a pas fini de parler.