Let the beat goes on


Qui, chez nous, connaît Herbert Huncke ? Personne, ou presque. Pourtant, c’est lui qui a glissé à Kerouac ce mot qui allait connaître un destin prodigieux : “Beat”. “Beat”, c’est l’échec, la défaite. Le climat dans lequel Huncke a vécu 81 ans. Burroughs (dont on trouve ici une préface un peu courte), le copain de route de Kerouac, l’avoue : Kerouac et lui étaient des petits bourgeois, sûrs de pouvoir toujours compter sur l’argent familial en cas de coup dur, alors que Huncke était de l’étoffe d’un Jean Genet, toujours aux marges, défoncé à toutes les substances et, au final, patriarche d’un “beat generation” achevant son parcours dans le mythique Chelsea Hotel. Bernard Comment, qui a voulu cette première édition en français, le note justement : l’écriture de Huncke est “son meilleur atout contre l’oubli”. Une écriture sèche, qui s’offre tous les détours qu’elle souhaite prendre pour faire sentir ce que son auteur cherche. Des textes brefs, entre prose et poésie, fragments de journal, lettres – une très belle lettre à son père, loin du pathos ou du règlement de compte –, autant de petits éclats qui permettront au public francophone de mieux comprendre ce qui reste une des “routes” littéraires les plus riches du XXe siècle.