Lettre à mon ami Vincent (3)

Plaidoyer pour une autre Belgique

Toutes les négociations communautaires passées partaient de l’axiome que la Belgique présente une plus-value et doit donc autant que possible être conservée. Partant de là, la logique de toute négociation institutionnelle, et cela vaut pour l’actuelle, est qu’à table il y ait chaque fois une partie demanderesse face à une autre qui s’efforce de réduire au maximum les changements. Il est aisé de deviner l’issue d’une telle négociation : la partie qui ne demande rien fixe le résultat et le prix à payer. Hélas, ou puis-je dire heureusement, il n’y a désormais plus d’argent et l’occasion se présente de mettre en œuvre une autre logique.

Il est temps que la Flandre mette en question l’axiome d’une plus-value belge, ou au moins la logique qui est à la base de ce postulat pour le transformer en : la Belgique est seulement le produit d’une plus-value générée, qu’on le veuille ou non, par les « états membres ». De ce point de vue, d’autres négociations sont nécessaires. La question n’est plus de savoir ce que la Belgique peut attendre de ses entités, mais ce que les entités peuvent attendre de la Belgique. Dès lors, des négociations sont possibles où les deux parties ont intérêt au changement. Chaque partie peut présenter un bilan positif, au départ de leur propre autorité identitaire. Il faut garder à l’esprit que les parties qui fonctionnent bien forment la meilleure  garantie pour l’ensemble. À moins d’imaginer que la Belgique devient plus mauvaise quand la Flandre réussit bien ? Mais qui songerait que la Belgique progresse quand Bruxelles et la Wallonie restent à la traîne ?

Sur base de cette logique inversée, les négociations doivent porter sur la question de ce qu’on fait le mieux ensemble au niveau (con)fédéral. Il y a 2 conditions préalables : ce que les deux partenaires veulent et ce qu’ils peuvent mieux faire ensemble. La volonté de faire les choses ensemble dépend de la cohésion sociale. C’est ici que la reconnaissance de la culture de chacun, de sa langue et de son territoire joue un rôle important. Ce n’est que quand les 2 se savent respectés et que leur territoire n’est pas remis en question qu’il y aura une volonté suffisante pour collaborer. La volonté des Bruxellois de reconnaître qu’ils ont non seulement le droit de cultiver leur propre identité, mais qu’en tant que capitale du pays ils doivent aussi rendre des comptes aux communautés.

La deuxième question n’est pas simple : savoir si l’augmentation des compétences offre des avantages. Il y a bien un minimum sans lequel une bonne politique (con)fédérale est impossible : une vision commune sur la politique à mener. Ici l’opposition entre une politique de gauche progressiste et une politique conservatrice de droite joue un très grand rôle. Et le hasard veut que cette différence coïncide avec les différences culturelles entre le nord et le sud. C’est peut-être la plus grande difficulté.

Pourquoi les francophones ont-ils peur de l’application de l’article 35 de la constitution? Pourquoi chaque communauté et région ne peut-elle pas mener sa propre politique et collaborer avec l’autre au départ d’un intérêt propre bien compris, s’il y a un avantage lié ? La réponse est que la Belgique francophone a peur de n’avoir plus rien à dire à la Flandre. Que, pour le dire comme Di Rupo, nous n’avons rien à dire en Wallonie (ni à Bruxelles, c’est ce qui apparaît dans sa dernière proposition) et que l’inverse est aussi valable, à savoir que les francophones ne peuvent plus s’occuper de la politique en Flandre. En d’autres mots, un état confédéral avec maintien d’une solidarité interpersonnelle supportable, où les communautés sont responsables de leur propre politique et ne font ensemble que ce qu’elles veulent bien en partageant une vision commune.

Entre-temps les discussions se prolongent et chacun conçoit qu’elles sont vaines et ne peuvent qu’agrandir le fossé. Les medias et les ténors de la politique semblent déterminés à continuer sur la même voie, avec message ultime qu’on n’a jamais eu autant sur la table et que De Wever ne peut pas laisser passer cette chance. Avec sa proposition, De Wever a non seulement gonflé son cou, mais il a surtout raté l’occasion de proposer une autre méthode de négociation qui rompt avec la logique du compromis à la belge.

Dans une autre Belgique, la force ne résidera pas dans des sous-groupes politiques séparés, mais dans la collaboration des capacités des régions et communautés pour faire ce qui est bon pour elles et donc aussi pour la Belgique. Il est grand temps que les politiciens conservateurs et les leaders d’opinion réalisent que la plus-value de la Belgique n’est pas un axiome. Au contraire, que cette plus-value dépend de la bonne volonté et de la capacité socio-économique des entités – ou de leur absence. C’est seulement alors qu’une autre Belgique aura sa raison d’être.

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Le temps est venu pour une période de réflexion, jusqu’à la fin de la présidence européenne, si nécessaire suivie d’élections, avec comme enjeu clair les intérêts des états respectifs. La reconnaissance de la plus-value de la Flandre, aussi bien culturelle, sociologique qu’économique, pour la Belgique.

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