Lettre à mon ami Vincent

Oui Vincent, nous avons beaucoup de choses à nous dire depuis les vacances. Vous avez écrit, dans votre chronique parue dans De Standaard : « Onder de Toscaanse zon kost het weinig moeite om je Belg te voelen » – « sous le soleil toscan, il est moins difficile de se sentir belge. » Oui, avec la distance, les problèmes paraissent moins grands que pour ceux qui sont restés en Belgique. Franchement, lorsque je vous rassurais que les négociations seraient difficiles mais qu’Elio et Bart trouveraient bien une solution, je me trompais. Une des choses qui m’a vraiment frappé, pendant votre absence, c’est la peur qui s’est installée au sein de la communauté francophone. Cela a créé une ambiance peu favorable, pour aboutir à une proposition d’Elio Di Rupo qui a été refusée par la N-VA et le CD&V. Dans sa dernière proposition, Elio Di Rupo proposait entre autres que toutes les décisions concernant la mobilité dans la région flamande autour de Bruxelles soient fixées par une loi spéciale (avec donc des majorités spéciales), afin d’éviter que la Flandre puisse modifier la situation routière sans l’autorisation des régions wallonnes et bruxelloise. En lisant ce texte, je me suis souvenu de l’émission « Bye Belgium » à la RTBF, où le tram de Bruxelles ne pouvait pas continuer son chemin vers Tervuren. Serait-il possible que cette même méfiance totalement déplacée ait inspiré Elio à proposer une loi tellement restrictive, qui fait penser plutôt à un carcan qu’à une collaboration bénéfique à tous? La peur n’est pas bonne conseillère et, dans ce cas, je pense même que toute collaboration sera considérée comme une nouvelle forme d’impérialisme de la part de Bruxelles, qui cherche toujours à s’imposer davantage. La proposition de verrouiller par une loi spéciale une communauté métropolitaine (incluant une région autour de Bruxelles) a contredit l’idée proposée initialement d’une collaboration économique qui ne modifierait pas la situation politique. Coup de théâtre, fin de l’été, lorsque plusieurs députés socialistes ont évoqué la scission du pays comme le plan B, précisant qu’on y travaillait déjà. Personnellement, je pense que c’était surtout un cri de désespoir : jusqu’où les Flamands veulent-ils vraiment aller ? Mais même si ce n’était qu’un cri, cela a fait du bruit en Flandre, où c’était sur la première page de tous les journaux. Pour votre retour des vacances vous auriez certainement voulu lire autre chose. Et maintenant où en sommes-nous? Nulle part ; et pour être honnête, ce ne serait pas mal qu’on essaye de créer une autre ambiance avant même de recommencer à négocier. Laissez-moi vous expliquer ce je que j’entends par « nulle part ». Pour la Flandre, la proposition d’Elio Di Rupo paraît surtout à l’avantage de Bruxelles. D’abord, par son soucis de pouvoir mettre plus de francophones unilingues au travail, il veut réduire les normes de la loi sur l’emploi des langues à BRC. IL propose de remplacer le bilinguisme individuel par un service bilingue. Cette proposition nous fait penser au temps des guichets du bourgmestre Nols à Schaarbeek. La proposition ne pouvait qu’être rejetée et être interprétée comme un signe supplémentaire de manque de respect. Une autre proposition porte sur l’introduction de listes électorales bilingues. A première vue, j’étais assez favorable à cette idée que j’ai moi-même déjà suggérée dans le passé. Mais un article du Morgen explique pourquoi la Flandre est réticente. En effet, en 1971, lors des élections pour le conseil de l’agglomération bruxelloise, le FDF était parvenu à mettre sur sa liste des ‘faux’ candidats néerlandophones et à ainsi créer une méfiance que les Flamands n’ont pas encore oubliée. A cela s’ajoute qu’on a peu confiance dans des politiciens néerlandophones à bruxellois, tels que Pascal Smet (SP.A), Sven Gatz et Van Hengel (OPen VLD) qui s’intéressent surtout à leur électorat bruxellois.  Electorat en outre très facile puisque protégé par une représentation qui ne correspond pas au nombre de néerlandophones à Bruxelles.

Vous voyez donc qu’en effet il reste presque tout à faire ou à refaire. Entretemps le score électoral des vainqueurs PS et N-VA se confirme par un sondage de LLB. Mais voilà qu’une nouvelle opportunité pourrait faciliter une solution: plutôt que de vouloir couper en morceaux la Belgique, certains, de part et d’autre, sont prêts à discuter de ce que nous pouvons faire ensemble. Personnellement je pense qu’on serait surpris du nombre de domaines où une collaboration serait bénéfique.  Mais il faut beaucoup de courage, lequel malheureusement manque encore. Pourtant, une discussion positive permettrait de maintenir la solidarité individuelle aussi bien que de répondre aux aspirations d’une majorité des Flamands exigeant une grande liberté institutionnelle. Ne croyez vous pas que cette solution permettra d’apporter la paix communautaire tant voulue au Nord qu’au Sud ? Sincères salutations, Pierre

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