Lettre ouverte à l’humanité : la vérité triomphera toujours.

Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs,

Il fut un temps où les ténèbres faisaient peur. Sa simple évocation suffisait à provoquer la stupeur. Les temps ont changé. Par les temps obscurs qui courent, éclairer la réalité à la lumière de la conscience clairvoyante est devenu un acte qui demande du courage en soi. Un véritable acte de Soi.


De nos jours, occultant les ténèbres, la lumière de nos téléphones devenus intelligents nous suffit pour tracer notre route parmi les objets réfléchissants. Manipulant du bout des doigts une réalité d’un nouveau type, nous évoluons la tête dans les écrans. Cette approche du tout-au-tactile ne reflète-t-elle pas symptomatiquement la superficialité ambiante, le paradoxe d’une réalité que l’on croit vivre plus intensément tandis que la mode est à l’effleurement ?

La communication virtuelle s’entraîne à remplacer le contact réel. Nous touchons des objets toujours plus virtuels pour rentrer en contact avec des personnes de moins en moins réelles. Un peu partout, l’artificiel s’immisce entre la réalité et nous, gâchant du même coup la relation de fidélité que nous sommes sensés entretenir avec elle. Bientôt des graffitis géants encombreront le ciel. Un feu d’artifice d’artificiel n’attendant qu’une étincelle, elle bien réelle.

Ayant perdu le contact avec nous-même, nous nous frôlons à chaque instant. Combien symptomatique également est devenue cette habitude de s’excuser lorsque, d’un mouvement aussi délicatement non calculé que maladroit, nous entrons en contact avec l’inconnu ? Pardon de vous avoir touché ! Rien de cassé ?

Les étudiants du Talmud pratiquent un grand art qui est celui de la friction. Les maîtres disaient : « Trouve un autre élève et heurte-toi avec lui, frotte-toi avec lui. » Tel est l’art de la relation consciente par la friction. Lequel s’est vu substitué par l’art de la fiction projetée sur des écrans toujours plus grands et vivants. Le chevalier Lego au sang triste projette la pellicule de son propre film sur les toiles d’un monde toujours plus délirant. Entre la réalité et la fiction, qu’est-ce que tu préfères ? La croix, ou la bannière ? L’enfermement dans la réaction et la fiction empêche la création et la friction d’où jaillit la relation fraternelle.

Tel le Serpentaire dans le ciel, étincelle.

Le tentateur originel est de retour. Tout habillé de modernité, Lucifer des bois sacrés, le porteur de lumière des salles obscurs nous propose cette fois une pilule rouge en guise de pomme. Ce sont toujours les mêmes histoires qui se répètent. Mais cette fois-ci en sens inverse. En cette fin de cycle, l’homme a d’ailleurs mis sa maison sans dessus dessous. Tout est à l’envers. Quel est ce drôle de monde où nous confondons tout avec son contraire ? La double pensée dont parlait Orwell se serait-elle finalement faite chair ?

« La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » Face à ce triste manège, on peut parfois se sentir à bout de force.

Mais nous ne sommes pas seuls. Surtout dans notre petit pays où l’union fait la force. Un nombre toujours croissant d’entre nous en arrivent au point de rupture qui les amène à progressivement soulever le voile de la réalité et à comprendre les enjeux de notre époque. Une époque si formidable où un trouvère local pratiquant la langue des oiseaux se trouvait pourtant fort minable. Vois si un mets sage se crée, dit sans les mots. Du géocentrisme à l’égocentrisme, il n’y a qu’une simple différence de niveau qu’un renversement initial fait apparaître dans toute sa vaine gloire existentielle.

Telle notre étoile dans le ciel, étincelle.

Indigne héritière de l’époque des Lumières, coupée de ses racines nourricières à force de se prendre pour le soleil, la raison totalitaire a fini par s’inverser en son contraire. L’économie de la réflexion a sérieusement entamé toute réflexivité. Cette faculté de réfléchir la lumière nous rend capable du meilleur comme du pire une fois armé de ce prodigieux outil qu’est la raison analytique, capable du meilleur lorsque l’outil reste soumis à son utilisateur. Comme du pire lorsqu’il s’en proclame l’empereur, despote éclairé des temps modernes qui en vient à nous transformer en ses vulgaires serviteurs.

Einstein disait que quand on a la tête en forme de marteau, on voit les problèmes sous forme de clous. Cette lumineuse analogie met en évidence la dépendance au culte de la raison qui est devenue une raison en soi. Le danger ne vient pas de l’outil, mais de ce qu’on en fait. Et il convient de rester particulièrement vigilant avec cette arme à double tranchant qu’est la raison. Autrement l’arme aura tôt fait de se retourner contre son propriétaire. Prométhée et Lucifer nous ont apporté le feu et la lumière, l’Homme en a fait des bombes et des hélicoptères. Si comme le disait Tertullien, le diable est le singe de Dieu, depuis que la mémoire du sacré a été profanée, l’Homme est devenu le singe de celui qui divise par la ruse. Simia dia. D’après un Cardinal bien connu, les grands embrasements naissent des plus petites étincelles. L’enfer paradisiaque moderne résonne tel un écœurant ciel creux. Qu’attendons-nous pour foutre le feu à ce paradis artificiel ?

Tel un brasier devenu démentiel, étincelle.

Depuis la nuit des temps, semblable à l’oiseau bleu de Bukowski, un atome-étincelle d’Esprit est caché au fond de notre cœur. De la réaction en chaine initiatique il est le gardien détonateur. Ne parle-t-on pas à juste titre de l’intelligence du cœur ? Celle-ci est le siège de l’Intellect qui élève la conscience d’où jaillit la Connaissance éclairant le chemin de celui qui sait la faire prévaloir envers et contre tout. Cette Connaissance ne saurait être confondue avec le savoir profane propre au règne de la quantité qui se limite à la maîtrise d’un grand nombre d’informations. La Connaissance est une qualité de compréhension de la nature de notre esprit et de l’atome-étincelle qui en jaillit.

« Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. » (Jean I, 26)

Quelle est cette mystérieuse force immanente qui sommeille en nous ? Quel est cet appel intemporel qui peut en rendre certains fous ? Romain Gary disait que certains appellent ça grain de folie quand d’autres parlent d’étincelle sacrée. Et qu’il est parfois difficile de distinguer l’un de l’autre. Quoi qu’il en soit, heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.

Tel un appel venu du ciel, étincelle.

De tous temps, cet appel a invité l’Homme à se connaître lui-même, à devenir consciemment l’explorateur des multiples niveaux que recèle sa conscience. Une fois en phase avec cet appel, l’on commence à redécouvrir la réalité à partir des différents niveaux de la conscience. Par l’acquisition progressive d’une observation attentive de la réalité et tout en l’acceptant avec équanimité, l’on en vient à en percevoir une image toujours plus fidèle et détachée de nos propres projections.

Imaginons un cercle, avec en son centre l’objet de la réalité à observer. Si l’on considère que le périmètre de ce cercle représente l’infinité de points de vue à partir desquels nous pourrions éclairer cet objet, l’ombre de celui-ci se réduirait d’autant plus que nous en multiplierions les éclairages. Toujours dans l’optique de réduire cette ombre, pourquoi ne pas adopter un point d’observation qui prendrait de la hauteur selon un principe de verticalité ? Un point de vue qui éclairerait la réalité tel le soleil au zénith, semblable à l’œil étincelant et omniscient juché au sommet de sa pyramide. Ainsi, suivant un principe d’ampleur et d’exaltation, horizontalité et verticalité se rencontre en leur milieu pour atteindre un niveau de conscience plus élevé et paradoxalement plus profond. Voici la symbolique de la croix originelle.

Telle une échelle descendue du ciel, elle étincelle.

Mes très chers frères et sœurs en humanité, face à l’urgence de la situation, des changements pour le moins particuliers sont en train de rapidement s’opérer à différents niveaux. Certains expérimentent déjà ces changements liés à des événements laissant de profondes marques comme des impressions plus subtiles. Le sentiment que quelque chose a changé en nous ; le fait de ne plus supporter la superficialité et tout ce qui n’est pas authentique ; la prise de conscience de nos anciens comportements destructeurs et le sentiment d’être connecté à tout et à tout le monde ; une augmentation des coïncidences ; etc. Autant de symptômes d’une lame de fond annonçant les profonds changements à venir, dont les crises à répétition ne sont qu’un incessant rappel.

Comme de nombreux observateurs ont déjà pu le remarquer, la crise du monde moderne est avant tout d’ordre interne. Elle somatise dans le corps social des profonds rappels à l’ordre sous forme de déconnexion matricielle touchant un nombre croissant d’individus. Ces rappels se déploient sous la forme d’expériences que l’on pourrait qualifier de psycho-spirituelles. Ce sont à proprement parler des expériences numineuses qui reconnectent l’individu avec son environnement naturel et supranaturel.

Pour éviter les jugements à l’emporte pièce et couper court à tout malentendu, définissons tout simplement la spiritualité comme une connexion à son environnement. Si on arrive à être vraiment connecté et à établir une relation avec son environnement, on finit par en obtenir des informations et par vivre des prises de conscience. Et notre environnement, notre milieu de vie premier, n’est-ce pas également et avant tout nous-même, notre propre corps et notre propre esprit ? La spiritualité, c’est aussi simple que ça. Quant à la religion, son sens étymologique nous renseigne sur son rôle premier, à savoir que religare signifie « relier », cela rejoignant par là même, la notion spirituelle de connexion.

Éveil spirituel, réalisation de Soi, percée de l’Être, cheminement initiatique, etc. Toutes des notions renvoyant à un même principe originel. Ce principe spirituel dont on nous a appris à nous méfier à l’insu de notre plein gré. Principe que nous avons été conditionnés à rattacher à l’Eglise et à l’obscurantisme moyenâgeux qui lui est automatiquement lié. Alors qu’en fait, pour tenter une analogie audacieuse, les religions – en tant qu’institutions humaines – sont à la spiritualité ce que les pâtes sont au blé. Autrement dit elles ne sont que le produit de transformations humaines. On confond l’interprétation du message avec son origine surnaturelle et Unique. L’essentiel ne repose pas dans une seule vérité, mais dans la concordance de toutes. En terme d’interprétation, l’Apocalypse n’a par exemple en tant que telle rien d’un événement cataclysmique ou autre lubie catastrophiste. Le mot apocalypse vient du latin apocalypsis, qui signifie « révélation », lui-même emprunté au grec apokálupsis désignant l’« action de découvrir ». Les expériences numineuses s’inscrivent précisément dans ce processus de mise à jour de la réalité.

Face à l’urgence, beaucoup sont appelés à dé-couvrir la réalité, à se défaire du voile d’ignorance qui la recouvre par l’entremise de l’identité conditionnée, notre moi existentiel. Ce dernier que notre culture de l’avoir tend à mettre en valeur au détriment de l’être. Une culture valorisant un égocentrisme à la source du décentrage global qui fait que le monde ne tourne plus rond. L’Être est notre seul centre légitime. Il est le principe essentiel restant mystérieusement insaisissable par la raison objective et analytique. « L’Être est tout ce qu’il connaît » disait Aristote, il échappe à l’emprise de l’analyse objective car il ne peut que s’expérimenter subjectivement. Dans ce sens, il ne peut se connaître. Il est et se reconnaît. Un point, c’est tout.

Alors, à ceux qui se reconnaissent dans ces mots, il n’y a qu’une seule chose à dire : ne vous souciez plus du « qu’en dira-t-on ? » et osez prendre ces expériences étincelantes au sérieux. Plus simplement, prenez soin de vous. Prenez soin de ces précieuses étincelles de vie ! Elles sont des portes vers les étoiles !

Tel un porteciel éternel, étincelle !

Le fait spirituel est avant tout une affaire de vécu, un fait d’expérience. Voilà l’un des principaux messages de l’Orient à un Occident qui a perdu l’Esprit en réduisant la réalité humaine à une dualité physique-psychique, niant le troisième terme consubstantiel à la relation. Ce pont subtil qui réunifie les apparences contradictoires est semblable à un arc électrique reliant les pôles positifs et négatifs. Or, à force de vouloir tout cloisonner et compartimenter, on construit trop de murs et plus assez de ponts. Pour Rilke, la peur de l’inexplicable n’a pas appauvri seulement l’existence de l’individu, elle a également restreint les relations entre les hommes.

Alors que l’avoir devrait être subordonné à l’être, « Je pense, donc je suis » est l’inversion fondamentale instituant un avoir qui définirait l’être. « J’ai, donc je suis » est devenu la norme. Mais avoir des pensées, ce n’est pas être ! Comme le mot n’est pas la chose, la pensée n’est pas l’être. Je suis, donc je perçois, donc je ressens, donc je pense. Et enfin, j’agis. Tels sont les quatre processus de l’esprit qui mènent à l’action. La pensée est en bout de chaîne, non au début. Elle est condition de l’action, non de l’être. Postuler la pensée dialectique comme condition de l’être est le comble de la confusion !

Ce dogme égocentrique porte en lui les germes de la division et de tous les totalitarismes. Il est le terrain divisé sur lequel s’établit le règne des dictatures. Le processus historique est là pour en attester. La mort du dogme est la naissance de la réalité. Tant que nous n’apprendrons pas à regarder la réalité en face et gérer les crises, à les dépasser en tirant les leçons de nos erreurs, nous continuerons d’en rester les victimes. Ceux qui ignorent le passé sont condamnés à se le repasser en boucle.

Nous voilà à l’aube de la grande réconciliation entre la puissance matérielle de l’Occident et la puissance idéelle de l’Orient. Les termes d’Orient et d’Occident ne renvoyant pas seulement à des notions géographiques ou culturelles « externes », d’ordre exotérique, mais également à un plan « interne », d’ordre ésotérique.

Sohrawardi, philosophe mystique perse fondateur de la Philosophie illuminative, disait déjà au XIIème siècle que l’ « Orient » est en fait un orient intérieur, l’aube de la connaissance, le symbole de la Lumière qui est aussi Gnose, opposé à « l’exil occidental » qui est l’éloignement et l’oubli de cette connaissance dans les ténèbres de la matière.

Cette réconciliation entre les deux pôles de la dualité est d’ordre initiatique et annonce le prochain stade d’évolution de l’humanité. Un changement de paradigme est en train de s’opérer à l’instant où vous lisez ces lignes.

Initier vient de initiare, qui signifie ouvrir la voie du mystère.

« D’un point de vue initiatique, il n’y a pas de croissance sans crise. Celle-ci marque toujours un moment clé. Face à une crise, il y a deux façons de se comporter : affronter ou être victime. Si l’on n’a pas appris à gérer la crise, on se fait dépasser par elle. Nous générons, par notre comportement, les crises dont nous avons besoin pour grandir. Le problème de l’homme, c’est toujours le décalage entre ce qu’il sait et ce qu’il est. Et le grand paradoxe, c’est qu’on est toujours rattrapé par ses illusions. »

– Yvan Amar, L’Effort et la Grâce

Médiateur, l’Homme est porteur de l’étincelle qui donne naissance à l’éclair reliant ses deux origines, terrestre et céleste.

Commun et clair relie en ciel éther, il est un sel !

Mets le feu aux poudres. Deviens qui tu es.

LUX OMNIA VINCIT


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P.S. : « Trois choses ne peuvent pas être cachées bien longtemps : le soleil, la lune et la vérité. »

– Siddhārtha Gautama aka Bouddha

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