Lew Tabackin revient à l’Archiduc, et Earl Hokin raconte


Je me trouvais attablé, dimanche dernier, à l’une des tables de l’Archiduc, celle-là même que j’occupais il y a quelques années quand Toots, assis à la table voisine, avait sorti son harmonica pour dialoguer avec son ami le saxophoniste alto Lee Konitz, l’un des grands, de la grande époque du jazz. A la place de Toots se trouvait Earl Hokin, occupé à bavarder en attendant l’heure de sa prestation. Je me suis mis à bavarder moi aussi, puis à parler, puis à ouvrir de grands yeux. J’étais venu pour découvrir cet Earl Hokin, ancien instituteur devenu humoriste, guitariste, pianiste, chanteur de jazz, et de bossa-nova. Au fil de la conversation, en français, j’ai découvert que ce Londonien très british était à sa manière une mémoire vivante du jazz et du music-hall, servie, ce qui ne gâte rien, par un réel talent de conteur. Cet homme-là assis devant moi, en costume sombre, cravate de soie, guêtres blanches, s’était produit dans les grandes salles de Londres et d’ailleurs. Il a joué et chanté avec presque tout le monde, de Benny Carter, Stephane Grappelli, Slim Gaillard à Paul McCartney et Van Morrison. et devant tout le monde, y compris la Reine d’Angleterre et la princesse Margaret. La veuve de Coleman Hawkins, avec qui il s’était lié d’amitié, lui avait un jour remis cent septante lettres de son mari, écrites sur le papier à lettres des hôtels où il séjournait pendant ses tournées. D’un point de vue graphique déjà, les lettres sont belles, m’a-t-il dit, le papier d’une autre époque, avec en-tête des hôtels, et l’intérêt historique et musicologique certain… Il aimerait que ces lettres ne disparaissent pas… elles feraient un beau et bon livre…

Puis Earl Hokin s’est levé, il a chanté, au piano (sur lequel joua Nat King Cole, soixante ans plus tôt, enfin, je pense que c’est le même, je voudrais que ce soit le même, Jean-Louis, tu confirmes ?), et à la guitare, des standards, des bossas-novas, et me voilà à nouveau à bord de l’Archiduc, paquebot de luxe d’une autre époque, loin de Bruxelles, hors du temps…

Point de secret jusqu’ici, point de scoop (si, quand même: les lettres de Coleman Hawkins). Et bien Jean-Louis m’a glissé à l’oreille…chut, que le saxophoniste et flûtiste Lew Tabackin revenait à l’Archiduc dimanche prochain, le 4 novembre. Tabackin ? Peut-être connaissez-vous ce grand musicien qui cultive l’art de vivre, l’art de bien jouer, mais qui se soucie comme d’une guigne de sa notoriété, sinon, retournez à la chronique déjà écrite, déjà publiée sur ce même blog :  « L’esprit de l’Archiduc, l’art de vivre de Lew Tabackin ».

Lew Tabackin se produira en trio avec Philippe Aerts (contrebasse) et Mourad Benhammou à la batterie.

Donc si le 4 novembre à 21 heures, vous trouvez que le dimanche a été un peu morne (ceci, pour les indécis), venez sur le quai de la rue Dansaert, au nr 6, c’est là que l’Archiduc est amarré, et montez à bord : vous en débarquerez deux heures plus tard avec de la poussière d’étoiles dans les yeux. Et lundi sera léger, léger…

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