Littérature belge francophone : bilan d’une saison (1)


Connu pour Blog de Sel, son blog politique extrêmement lu et commenté, donc contesté, Marcel Sel signe, chez l’éditeur bruxellois OnLit, Rosa, un roman qu’il faut bien qualifier de majeur. Il s’agit d’un livre gigogne. Un père fortuné impose à son fils, un glandeur aux velléités artistiques qu’il entretient depuis dix ans à ne pas faire grand-chose, l’écriture d’un roman. Il sera rémunéré trente euros la page. Ce qui ne plaît pas, mais pas du tout, à l’intéressé qui choisit de se venger en rédigeant l’histoire de la mère de son commanditaire telle que la lui a racontée son grand-père, mais que celui-là ignore. En effet, Rosa n’a pas mystérieusement disparu pendant la guerre, selon la version officielle, mais est morte en déportation. Alternant les deux temps, le présent du jeune homme qui se souvient avoir été le mal-aimé de son père face à son grand frère, et qui s’est trouvé une « famille de rechange » chez Frans et Christel, un couple d’épiciers de son quartier, et l’histoire de la famille de sa grand-mère aux doubles racines italiennes, Marcel Sel témoigne d’une parfaite maîtrise du style et de l’intrigue. On découvre (peut-être), et c’est un élément historique tout à fait passionnant, que la situation des Juifs dans l’Italie mussolinienne fut bien différente de celle dans les pays sous la botte nazie. Ils y sont « discriminés » et non « persécutés », les carabinieri se livrant à une sorte de double jeu en veillant à leur permettre de fuir. Subrepticement, les deux histoires vont finir par se croiser et les raisons de l’arrestation de Rosa être révélées. Pour ces multiples et profondes qualités et richesses, ce premier roman mériterait une large audience, qui ne soit pas limitée à la Belgique francophone.