Littérature belge francophone : bilan d’une saison (2)


Dans Sapiembroug, Vincent Engel décalque, en la poussant dans ses extrémités meurtrières, la scission de l’université de Louvain par le biais d’un échange de lettres entre deux professeurs qui, d’amis, deviennent d’irréductibles adversaires. Barbara Abel (Le Furoncle) suit les parcours divergeants de deux étudiants en art, l’un reproduisant un portrait tel qu’il apparaît sur une photo, l’autre restant fidèle à son modèle. Principe de précaution, d’Emmanuelle Urien, raconte comment, par jalousie, un étudiant accuse faussement l’un de ses condisciples d’origine arabe de radicalisation. Chez Frank Andriat (Votez pour moi !), il est question de l’élection d’un délégué de classe opposant un démagogue rêvant d’ordre et de discipline à un démocrate soucieux du respect d’autrui. Les contributions de Nicolas Ancion (Comme par magie) et de Patrick Delperdange (Dans une lueur froide et bleutée) sont, quant à elles, plus ouvertement politiques, le premier s’inspirant notamment du scandale belge Publifin. Etc. L’ouvrage s’ouvre sur le récit autobiographique d’un poète nord-coréen aujourd’hui exilé à Séoul. Jang Jin-Sung, dans La dictature et moi, explique comment, dans son pays où le langage est strictement contrôlé, où le culte officiel « exige l’effacement total de l’individualité », il a découvert, en lisant Byron, que « les mots étaient équivoques » et « les émotions étaient possibles dans une sphère personnelle  qui n’incluait pas le Leader ».