Littératures d’ailleurs (2) : L’Italie



Gallimard, toujours, nous fait découvrir le très étrange premier roman de Gianluigi Ricuperati, Mind Game.

Stefano Benni et Amara Lakhous sont deux habitués d’Actes Sud. Chers monstres (traduit par Marguerite Pozzoli) est le quatorzième livre du premier publié par l’éditeur arlésien depuis 1996. Au fil de vingt-cinq nouvelles, n’hésitant à détourner des contes pour enfants (Hänsel et Gretel) ou des personnages légendaires (Dracula), il pointe quelques aspects de notre mode de vie actuelle, sous des formes littéraires très différentes, avec une prédilection pour le fantastique.

À travers son personnage récurent, le journaliste épris d’éthique Enzo Lagana, Amara Lakhous (journaliste, anthropologue et romancier algérien vivant à New York et écrivant en italien) se livre à une critique sévère des médias davantage portés sur la simplification que sur la complexité, sur le sensationnalisme que sur la rigueur, ne reculant pas devant la stigmatisation. Comme le dit son héros, dont les articles sont régulièrement caviardés, la différence entre le fait-diversier et le pompier est que, si, celui-ci est chargé d’éteindre le feu, celui-là doit au contraire l’attiser. Dans L’affaire de la pucelle de la rue Ormea (traduit par Élise Gruau),  c’est le viol supposé d’une adolescente à Turin par deux tziganes qui déchaîne le rejet de cette communauté, encore attisé par une presse haineuse et vindicative.

L’Italie des années 1970-80 sert de décor au premier roman de Nadia Terranova, Les années à rebours (traduit par Romane Lafore) via le destin d’un garçon et d’une fille qui se rencontrent à l’université de Messine. Giovanni est fils de communistes et peu attiré par les études, Aurora est fille de fascistes, réservée et très studieuse (« miss vingt sur vingt »). Ils ont une petite fille. Lui est fortement engagé, ce qui fragilise le couple et assombrit l’avenir. Le poids familial étant bien lourd, chacun apprend finalement à vivre sans l’autre. Aux années de plomb traumatisantes vont succéder une décennie faite de désillusions, double époque que l’auteure retrace magnifiquement, l’incarnant dans ses attachants héros. L’écriture simple, sobre, parvient à recréer au mieux ce temps charnière de l’histoire italienne.