Métailié en terrain hispanique

La maison d’édition créée en 1979 par Anne-Marie Métailié, et toujours indépendante, possède un solide catalogue dans le domaine hispanophone. Voici deux romans remarquables parus cet automne en confirmant la qualité.

L’Espagnole Rosa Montero y est publiée depuis le début des années 2000. Son nouveau roman, La bonne chance, pose une question qui, sans doute, traverse à un moment donné l’esprit de tout un chacun : peut-on disparaître et recommencer une autre vie ? C’est ce que voudrait faire Pablo Hernandez, un architecte réputé, homme silencieux et discret qui a toujours appris à « feindre », lorsque, se rendant à une conférence, il s’arrête dans la ville la plus laide qui soit. Il y achète, dans l’heure, un appartement miséreux. « Être un autre est un soulagement », pense-t-il, rêvant de pouvoir « formater sa mémoire et recommencer à zéro ». « Ma vie entière a été une erreur, je crois », se défend-il face à son associée, et maîtresse occasionnelle, venue le débusquer dans son trou. Sa seule compagnie est sa voisine qui, voyant l’état de son logement et le croyant sans argent, lui trouve un petit boulot de manutentionnaire à la supérette locale. Mais bientôt, grâce à Internet, son identité est dévoilée et tous de s’interroger sur la présence solitaire en ce lieu sinistre et dénué du moindre charme de ce « bourge » riche et célèbre. Au fond de lui, et enfouis dans son passé, quels secrets cache-t-il ? Un excellent roman qui pose des questions essentielles et se lit quasiment comme un thriller, tant les menaces semblent planer au-dessus du personnage. (Traduit par Myriam Chirousse)

Caracas, la capitale du Venezuela, est-elle la ville « la plus dangereuse du monde » ? C’est en tout cas ce que prétend l’homme qui a « remué ciel et terre » pour enfin retrouver à Marseille Magdalena, originaire de ce pays qu’elle a quitté quinze ans plus tôt. Mais cette enquêtrice réputée, qui pratique la sorcellerie et certains rituels plutôt désarçonnants, a-t-elle vraiment envie d’y retourner, même contre beaucoup d’argent, afin de retrouver et de ramener au bercail la fille d’un homme politique madrilène sans nouvelles d’elle ? Et même pour fuir un amant décidément trop encombrant ? Finalement, c’est oui, et c’est le point de départ de La vague arrêtée, deuxième roman traduit en français de l’auteur vénézuélien Juan Carolos Mendez Guedez. Qui, à la suite de son héroïne, entraîne le lecteur dans un pays où il n’est pas du tout certain d’avoir envie de vivre, un pays gangréné par la corruption, la violence et miné par une interminable crise économique. Mais aussi un fil d’une enquête palpitante, d’autant plus que Magdalena, au caractère très bien trempé et à qui pas grand-chose ne fait peur, n’est vraiment pas quelqu’un d’ordinaire. (Traduit par René Solis)


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