Ma mémoire chante en sourdine


À travers des chapitres qui sont autant de nouvelles, Makine dresse le portrait d’un enfant, puis d’un jeune homme, qui découvre l’amour sur la toile d’un empire soviétique vieillissant, sclérosé, et enfin moribond. Élevé, comme tous les enfants de l’orphelinat où il a grandi, dans la propagande du régime, il ne peut s’empêcher de croire à l’avenir idyllique promis par Lénine ; et pourtant, ce qui l’entoure ressemble plus à l’enfer, du moins au purgatoire. Certaines de ses amours lui entrouvrent les yeux, d’autres, simplement, lui font entrevoir l’éternité. Devenu adulte, il se garde bien de verser dans l’antisoviétisme primaire, autant que dans la nostalgie, camarade. Ce monde-là n’était pas aussi effroyable qu’on le disait, et l’univers dans lequel la Russie a plongé n’a rien d’un paradis. Mais surtout, ce qui est perdu, c’est le paradis de l’enfance et d’un certain regard, où l’amour se déclinait entre passion éthérée et délire charnel, mais toujours jeune et libre.