MariA, Ava et AUdrey en héroïnes littéraires


« J’ai eu une belle vie. » C’est par ces mots, prononcés par l'actrice quelques jours avant sa mort le 3 février 2011, à l’âge de 59 ans, que s'ouvre Tu t’appelais Maria Schneider, le livre-hommage qui lui consacre sa cousine, la journaliste et écrivaine Vanessa Schneider. Il n’est pourtant pas sûr que la fille naturelle de Daniel Gélin, dont la carrière cinématographique a été plombée par la fameuse scène de sodomie dans Le Dernier tango à Paris (1972), sans qu’elle en ait été prévenue au préalable, elle avait alors 19 ans, ne tournant ensuite que peu de grands films, mais un chef d’œuvre, Profession : reporter (photo), il n’est pas si sûr, donc, qu’elle ait eu vraiment « une belle vie ».

L'auteure qui, depuis l'enfance, glisse dans une pochette rouge tout ce qui concerne son aînée de dix-sept ans, repasse le fil de cette drôle d’existence. Ses retrouvailles à 15 ans avec son père qu’elle suit ensuite sur ses tournages, mais aussi dans ses virées nocturnes parisiennes, d’où elle rentre émerveillée, non pas chez sa mère, qui l'a chassée, mais chez son oncle et sa tante, où naît bientôt Vanessa. Et où, après son départ, elle reviendra souvent, sa jeune cousine ne la perdant jamais de vue, jusqu’à la fin. Ses profonds liens d’amitié avec Brigitte Bardot. Ses premiers pas au cinéma grâce à Alain Delon. Le Dernier tango, ses déclarations tonitruantes et la gêne qui s’en suit dans la famille. Ses années d’errance, d’alcool, de drogue, ses internements. Il est peu question des films, peu nombreux finalement, de celle que Paris Match baptise « l’enfant perdue du cinéma ». C’est raconté avec une grande sobriété, et c’est poignant. Tout en étant aussi fortement autobiographique, l’auteure revenant tour à tour sur sa propre enfance décalée, ses parents (son père est le psychanalyste et écrivain Michel Schneider) n’épargnant à leurs enfants « aucune des bizarreries en vogue dans les années 70 », sur le projet avorté d’un livre avec Maria et sur d’autres épisodes de sa vie. (Grasset)


Auteur en 2016 d’un roman aussi déconcertant qu’époustouflant autour de Jean-Luc Godard préparant un film sur la Révolution française, Sauve qui peut (la révolution), Thierry Froger s’attache, dans Les nuits d’Ava, à l’héroïne de Pandora et de La Comtesse aux pieds nus, un temps l’épouse de Sinatra, Ava Gardner. Enfin, si l’on peut dire. Car si son roman possède bien quelques éléments biographiques, il est tout autre chose. Il développe « une rumeur difficilement vérifiable » rapportée par le journal Libération : lors d’une virée nocturne avec le chef opérateur de La Maja nue, film qu’elle tourne pour la MGM à Rome en 1958, l’actrice propose à son complice, qui n’en demande pas tant, de reproduire en photos, et avec elle-même comme modèle, quatre tableaux de nus célèbres. Notamment L’origine du monde de Courbet, dont est contée l’histoire de la réalisation, l’identité de son modèle étant connue depuis peu. De ces clichés, éminemment inflammables, il n’existe, sous la plume du romancier, qu’un seul négatif, que le narrateur, photographe amateur, va tenter de retrouver, secondé par sa fille. Ces différentes trames littéraires, sans cesse interrompues par des digressions historiques (du côté du FBI d’Hoover ou de l’unique rencontre entre Castro et Hemingway en 1960, par exemple), sont joyeusement entremêlées, donnant naissance à un texte d’une liberté romanesque tout à fait savoureuse. (Actes Sud)


Si je mentionne dans cette recension le roman de l’auteure néerlandaise Jolien Janzing, Audrey et Anne, c’est moins pour ses qualités littéraires, nettement plus faibles que celles des deux ouvrages précédents, on est ici dans dans une littérature balisée et convenue, que pour la présence d’Audrey Hepburn, associée à Anne Frank. Elles ont des points communs : elles sont nées toutes deux en 1929 et l’actrice britannique, dont la mère est une baronne néerlandaise séparée de son mari volage en 1939, a passé la guerre aux Pays-Bas chez ses grands-parents dans des conditions difficiles. Le prétexte de cette plongée romanesque dans les biographies très documentées de l’une et de l’autre est un projet cinématographique véridique : en 1957, Otto Frank se rend en Suisse pour demander à l’héroïne de Vacances romaines et de Sabrina d’interpréter le rôle de sa fille dans une adaptation du Journal d’Anne Frank. Celle qui a été le témoin d’une rafle de juifs à la gare d’Arnhem, qui l'a fortement marquée, refuse car, écrira-t-elle, « c’était comme lire ma propre expérience à partir de son point de vue ». (L’Archipel)