Marianne Duvivier, heureux album


Connue par les lecteurs BD pour la série Stone dans les années 1980 (avec Jan Bucquoy chez Glénat), puis pour Mauvaise graine (trois albums réalisés seule pour Casterman), Marianne Duvivier a touché un plus large public grâce à Secrets, une collection pour laquelle elle a dessiné trois histoires (L’Echarde, la Corde, Pâques avant les rameaux) sur les neuf parues (en un, deux, voire trois tomes). De cette passionnante aventure éditoriale, elle a été l’initiatrice avec son scénariste, Frank Giroud, nous révèle cet album qui, semble-t-il, la clôt. En une centaine de pages, parmi ses plus belles, l’artiste belge raconte sa vie et ses combat, depuis sa naissance en 1958 au Congo, où travaille son père proche du leader indépendantiste Patrice Lumumba, à la fin de cette entreprise menée avec Denis Lapière. Si l’autobiographie est fréquente en littérature, elle l’est moins en bande dessinée. C’est suite à une rupture d’anévrisme, dont elle a survécu grâce à une opération rapide, que Marianne Duvivier a ressenti le besoin de «faire sortir de sa tête» tout son passé. Un passé de fillette assez solitaire s’évadant dans l’imaginaire et faisant de sa poupée sa confidente, d’adolescente attirée par le dessin puis de jeune fille découvrant les grands auteurs BD. Et de jeune mère de deux filles, puis de deux autres d’un second compagnon. Mais aussi un passé marqué par de nombreux suicides – ceux successifs de son père infidèle que sa mère avait fini par quitter, de l’une de ses sœurs soufrant de crises d’épilepsie et de son oncle – ainsi que par les morts d’une amie proche, suite à un cancer, et de son autre sœur, d’une rupture d’anévrisme. « Il fallait faire quelque chose. Poser un premier geste pour me sortir de tout cela », se dit-elle, hantée par ces disparitions. Sa rencontre avec Frank Giroud, leurs premiers albums ensemble la font avancer dans l’exploration de son passé. Mais c’est son accident cérébral qui lui a fait comprendre qu’elle n’était pas « seule » et qu’à ses côtés, elle avait « à présent des anges gardiens qui veillaient sur [elle] ». Prise de conscience d’où est né Heureuse vie, heureux combats, un album au titre terriblement trompeur, magnifique, par la délicatesse de son dessin et de ses tons et par la justesse et la finesse de son propos. Qui restera.

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