Masse attaque



Une vague, deux, trois… Le clapot, puis le flot, l’écume humaine, dense, partout, dans ce dehors réapproprié. La masse est sortie, compacte. Enfin ! Une attaque douce, bon enfant. Une sortie salvatrice pour remplir les poumons et les cerveaux d’air frais, renouvelé. Les bassins d’agrément vides d’eau pendant l'hiver sont pleins de danseurs fous, les chemins creux des parcs remplis de promeneurs comme une tranchée avant l’assaut. Le printemps qui pointe tout doucement le bout de son nez promet d’être hors normes, explosif, exponentiel, excessif. Les pelouses et les plages recouvertes, herbe et sable invisibles sous les corps, sous les serviettes, les jeux d’extérieur. Les trains gavés vers la mer, le bout liquide de tout ceci, la finitude. D'autres vers le cœur vert et ondulé du pays. Des pelotons de vélos investissent les chaussées, les boulevards, les allées. Une éruption spontanée, galvanisée par le soleil, le vent tiède, l’odeur particulière de la vie qui reprend. L’humain serait-il pour une fois en avance sur la nature, sur la sève ? Rires, bouches ouvertes prêtes à écluser, à engorger, dents blanches pour saliver et mordre, corps rapprochés, déterminés à s’amouracher dans la lumière vive. Impression de ville libérée après un conflit. Sans les drapeaux vains, sans les slogans de la bien-pensance molle et politisée. La jeunesse en première ligne, pour prendre le flambeau, le tenir fermement. Inconscience et insouciance sur un tandem, à se chamailler pour savoir laquelle pédalera le plus fort, dans le sens exact, pour s’extraire d’un monde qui tourne en rond. Quand la masse attaque… Le parfum est révolte, révolution. Il n’y aura pas de punition – il est plus facile de coincer trois pignoufs qui boivent de la bière dans une cave que dix mille jeunes qui inondent une plaine, envahissent un espace vert, submergent une digue. Où étaient-ils passés ? Où étaient-ils cachés ? Leur retour en force indispose les peureux et les grincheux. Or ce n’est rien, ce n’est que qu’un retour de manivelle, les prémices d’un retour à la normalité magnifiée par les mois absurdes...

Photo : Unsplash


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