Mathias Enard, un sur-Goncourt


Mais le très avisé Pierre Assouline (qui avait défendu Lemaitre au nom des libraires et s’est battu pour Enard au nom de la littérature) a tort, et induit en erreur le lecteur potentiel, lorsqu’il affirme que Boussole n’est pas un livre «difficile». Pour parodier Louis de Funès engueulant ses musiciens dans La Grande Vadrouille, il n’est pas «difficile» mais «très difficile». Par sa construction, par la longueur de ses phrases, par ses méandres géographiques et temporels, et surtout par la pléthore de ses références historiques, artistiques et culturelles, il n’est destiné qu’à un lectorat pointu. Ne pas le signaler n’est pas rendre service au livre qui pourrait dégoûter et mettre en colère les acheteurs récurrents du Goncourt. Il faut au contraire dire et redire que sa lecture exige du temps, de la patience, de l’attention, de l’opiniâtreté, et aussi d’accepter de décrocher souvent, de se perdre, mais que, si on y consent, le voyage sera beau et riche. Bernard Pivot, président du jury, a prédit à Enard (43 ans) le Nobel dans vingt ans. On prend date.

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