mes salles de bains




En regardant dans le rétroviseur, je me rends compte que les salles de bains, où j’ai passé tant d’heures au fil de mes ancrages successifs dans la ville, ont joué un rôle majeur, sinon déterminant, dans mon existence. Des baignoires de tailles variables, grandes ou trop petites, proposant un allongement total ou une position assise un peu risible. Le blanc dominant mais apaisant – carrelage, murs, plafond, mobilier. Le son de la radio rendu inaudible à cause du bruit de l’eau qui coule. La mousse abondante, aérienne, presque pâtissière, formant des nuages comme ceux qu’on peut observer au-dessus d’un lac ou d’une mer après une journée de chaleur. La buée et les fenêtres opacifiées créant un double rempart contre les assauts extérieurs. Une quiétude, une ambiance englobante. Une mise à l’écart du monde médiocre. Tête sous l’eau, petites apnées, remontées glorieuses, brasse et nage indienne immobiles, bref mouvement de crawl pour attraper un verre ou un livre sur le rebord – bain, apéro, lecture, la Sainte Trinité des menus plaisirs, de la détente salvatrice. Un cocon rassurant, peut-être un lointain souvenir amniotique, quelque chose comme ça. Un refuge mais aussi une possibilité unique de se recentrer, de faire le point, de prendre les décisions qui s’imposent, sans entrave,… dans le plus simple appareil. Profiter de l’instant. Fermer les yeux et rêver d’apesanteur. Prolonger le moment, rajouter de l’eau chaude, raviver la mousse, les parfums, ignorer que tout ceci s’arrêtera bientôt…



Photo : Jared Rice – Unsplash

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