Michel Houellebecq attise le feu de l’islamophobie


La tuerie à Charlie Hebdo survient le jour où sort Soumission. Après avoir décrit des émeutes entre islamistes fondamentalistes et identitaires d’extrême-droite en France, Michel Houellebecq imagine que les Français portent au pouvoir en 2022, au terme du second mandat de François Hollande (réélu cinq ans plus tôt contre Marine Le Pen), un Musulman soutenu par le PS, l’UDI et l’UMP pour faire barrage au Front national arrivé largement en tête au premier tour avec plus de 34% des voix. Le nouveau président est un Musulman modéré, il a d’ailleurs pris comme premier ministre François Bayrou (dépeint comme un pantin ridicule). Mais modéré à la sauce Houellebecq: l’école est obligatoire seulement jusqu’à la fin du primaire, ensuite l’artisanat est encouragé, le secondaire est privatisé, les enseignants sont obligés de se convertir à l’islam pour enseigner dans les écoles et les universités publiques (devenues islamiques) dont sont exclues les femmes. Celles-ci sont d’ailleurs renvoyées dans leurs foyers, ce qui entraîne une baisse du chômage (sic). Les jupes et décolletés sont proscrits, certains magasins de vêtements féminins sont fermés, la polygamie est encouragée, notamment avec des adolescentes de 15 ans, de même que le port du voile. D’autres pays se sont engagés ou s’engageront sur la même voie, dont la Belgique où le Parti Musulman est arrivé au pouvoir.

Après avoir évité de répondre à trois reprises à David Pujadas à la fin du 20h de France 2 mardi soir, Michel Houellebecq a confirmé à Patrick Cohen, lors de la matinale de France Inter ce mercredi matin, qu’à ses yeux, le nouveau chef de l’Etat est «modéré». Cette confusion entre un islam modéré, pratiqué par l’immense majorité des musulmans, et un islamisme régressif, propagé par les salafistes, talibans et autres extrémistes, n’est pas seulement une erreur (que l’on ne peut pas imaginer de bonne foi), c’est une faute très dangereuse. Comme si l’auteur devait se «racheter» de ses déclarations parues en 2001 dans le magazine Lire. Il affirmait que «la religion la plus con, c’est quand même l’islam» (…). L’islam est une religion dangereuse». Depuis la parution en 1998 des Particules élémentaires, quatre ans après Extension du domaine de la lutte, chaque nouveau roman de Michel Houellebecq crée l’événement. Pas parce que cet écrivain multiprimé est un homme public: peu présent à la télévision, on n’entend guère parler de lui entre deux romans – même s’il publie de temps à autre des recueils de poèmes et si, en 2014, il a été le héros d’un film et d’un téléfilm. Pas parce que ses livres sont des sommets littéraires – ils sont pourtant étudiés dans plusieurs universités mondiales. Ce qui intrigue, et fait sa publicité, c’est le personnage qu’il s’est construit, une sorte d’ermite misanthrope, d’asocial moralisateur et réac qui porte un regard pessimiste, défaitiste et volontiers cynique sur notre société capitaliste, consumériste et individualiste dévoyée par l’esprit de 68 et le féminisme. Avec un thème récurrent, le sexe, qu’il met crûment en scène, le réduisant à une mécanique quasi sordide détachée de tout sentiment amoureux. A cette obsession s’en rajoute donc une seconde dans Soumission: l’islam. Son narrateur, François, célibataire et universitaire «résigné» et «apathique», spécialiste de Joris K Huysmans, écrivain dandy français de la fin du XIXe siècle, a une vie amoureuse misérable, couchant avec ses étudiantes ou, lorsque la dernière va s’installer en Israël, recourant au sexe tarifé (avec des jeunes étudiantes). D’abord viré de la Sorbonne nouvelle Paris III, il y revient moyennant sa conversion à l’islam, aguiché par le salaire (10000 euros mensuels versés par les monarchies du Golfe ou par l’Arabie saoudite, on ne sait plus trop, l’auteur s’emmêle un peu les pinceaux) et par la polygamie, Il se laisse convaincre par le nouveau recteur de «l’université islamique Paris-Sorbonne», un Belge ayant fait ses études à Louvain-la-Neuve, selon qui «le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue». De la femme à l’homme, la démocratie occidentale (évidemment «molle», de «centre-gauche») et droit-de-l’hommiste ayant castré le «mâle dominant» (idée chère à Eric Zemmour). Et de l’homme à Dieu, «telle que l’envisage l’islam». En agitant un islam soi-disant modéré comme épouvantail, Houellebecq prend le risque d’accroître le sentiment d’islamophobie déjà bien répandu en Europe. Si sa prédiction n’est pas du tout crédible, elle est carrément grotesque – comment peut-on envisager que survienne une telle situation et qu’elle ne provoque que quelques réactions du Front de gauche? -, il laisse néanmoins accroire que tous les musulmans (et non pas les plus radicaux) veulent transformer notre vieux continent, qu’il montre au bord de la guerre civile, en un nouvel Empire romain s’étendant par-delà la Méditerranée et placé sous la loi du Coran. Tel est en effet le projet du nouveau président français qui ne semble pas rencontrer d’opposition de la part des autres pays européens, le contrait eut été étonnant.