Mouvement de foule

Ça bougeait. Dans le parti majoritaire, on commençait à broncher à l’approche des « échéances » comme on disait pour figurer ce moment où les citoyens pouvaient se croire du pouvoir avec un petit bout de papier plié dans une enveloppe décachetée jetée dans une urne scellée. C’est que la fameuse « machine à perdre » était relancée grâce à la « haine », le mot avait été prononcé, que se vouaient désormais le petit roi et l’échalas argenté ancien (et peut-être futur) prétendant au trône. On en faisait des gorges chaudes. C’était devenu une fable. Guillon, le chroniqueur en pointe (acérée) du moment, avait versé du vitriol sur France Inter où il sévissait, comparant Sarkozy à Al Pacino en plus agité des épaules, et croquant Villepin en vieux beau de la Croisière s’amuse. Car, et c’était là la bonne nouvelle, par l’odeur du sang alléchée, la liberté reprenait de la vigueur et la parole du souffle. Ce n’était déjà plus à la mode d’être aux ordres et on se moquait dans les dîners de ce journaliste qui avait osé un an auparavant un : « Nous les sarkozystes, nous sommes au pouvoir pour trente ans ». C’est que les années passaient vite sitôt qu’on avait gagné, de la même façon qu’elles semblaient interminables quand on était dans l’opposition. Mieux encore, les journalistes eux-mêmes commençaient à débattre des vraies questions comme au Grand Journal sur Canal au lendemain de la prestation télévisée de Sarkozy : Devait-on accepter d’aller interviewer le président à l’Elysée (de le laisser jouer à domicile, en quelque sorte) ? Pouvait-on déjeuner avec des hommes politiques – Moi jamais ! avait dit Demorand, – Pourquoi pas, vous avez peur de la contagion ? avait rétorqué Elkabbach. Se rappeler que pour déjeuner avec le diable il fallait une longue cuiller était le début de la sagesse déontologique. Des souvenirs où ça s’était mal passé ? – Quand Tapie m’a traité de connard, dit Denisot. Un « C’est presque un hommage » fusa et tout le monde rigola. Quand la presse s’amusait et riait d’elle-même, la France se portait mieux. Jusqu’à l’opinion qui se réveillait. Un Français sur deux souhaitait que Villepin se présente en 2012, sans qu’on pût attribuer ce souhait au désir de le voir gagner ou de voir le Président perdre. Et plus d’un Français sur deux pensait que le débat sur l’identité nationale était électoraliste, à tel point que le ministre de l’immigration dont les jours étaient comptés avait commencé un mea culpa pas très franc du collier bien dans sa manière qui sonnait comme le début d’une retraite. Ça bougeait. A la veille d’un prétendu « séminaire gouvernemental sur l’identité nationale », périphrase poussive pour signifier enterrement, Besson pouvait bien s’agiter : le Cher et Vieux pays ne s’en laissait pas conter par les petits malins qui voulaient le faire débattre quand il ne le voulait pas. Et la presse sonnait déjà l’hallali. Sans prudence toutefois, la bête bougeait encore. Jusqu’à mardi prochain.

#deVillepin #Sarkozy

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