Ne pas être le cocu de la démocratie

 » Mieux vaut mensonge pour servir que vérité pour nuire « , me disait un vieil oncle, et, continuait-il,   » une bonne d’hypocrisie fait le bon ménage. Me vois-tu dire à ta tante que sa nouvelle robe à fleurs me fait penser à de vieilles tentures « . Un pieux mensonge évite la vaisselle cassée. Ha,  mon vieil oncle qui œuvrait pour la paix de son ménage… mais qui s’insurgeait des mensonges des politiques.La démocratie peut-elle vivre du mensonge ? Le monde en a-t-il besoin comme de pain ? A en croire d’aucuns, c’est un mal si nécessaire que le dénoncer est faire le lit des extrémismes. Pourtant, de mes rares lectures de Kant1, j’ai souvenir qu’il instituait la vérité comme une condition sine qua non d’un pouvoir démocratique. Quand bien même serais-je dans l’à peu près, il me semble que la transparence est souvent plus vertueuse que le secret. Est-ce pour autant qu’il faille défendre le travail de WikiLeaks ? L’on nous dit que cela met en danger la vie de milliers de gens en Afghanistan, que cela n’est pas raisonnable, que le monde ne peut vivre sans diplomatie. Mais en quoi ces opinions seraient-elles plus fondées que le besoin de vérité. Outre le fait, semble-t-il, que les dépêches aient été recoupées avant publication par les journalistes de cinq grands quotidiens, ce serait être naïf de croire que les Talibans ont attendu WikiLeaks pour savoir qui les trahissaient ou que la  » diplomatie  » puisse se parer de toutes les vertus. La ligne Durand2, résultat d’un accord diplomatique du dix-neuvième siècle, ne produit-elle pas encore des conséquences au Pakistan et en Afghanistan. Les accords Sykes-Picot3 sont de la même veine et empoisonnent encore dit-on le Proche-Orient. Ces traités n’ont en tous les cas jamais été signés pour le bien des peuples. Le procès de WikiLeaks est parfois celui des nouveaux moyens de communication. Internet est effectivement cruel dans sa capacité de mémoire et sa vitesse de diffusion. Je me souviens d’une polémique entre deux politiques, le premier prétendant que les affirmations du second étaient fausses jusqu’à ce que ressortent des tréfonds d’Internet les preuves de la véracité de ces informations. Dernièrement, François Bayrou4 n’a pas échappé à cette cruauté.  » C’est curieux. On croyait naïvement que c’est la dissimulation, le mensonge qui favorisaient la dictature et que la transparence, au contraire, constituait un facteur de libération. Eh bien pas du tout : il paraît que c’est la transparence qui est dictatoriale et la vérité qui opprime.  » écrit Jean-François Kahn dans une récente chronique5. Dans  l’ordre des choses de certains de nos dirigeants ou de nos intellectuels, le peuple n’est pas là pour savoir, mais pour suivre. Comme pour les enfants, toute vérité n’est pas bonne à lui dire. Plus préoccupé par le croustillant  de la vérité  que par sa beauté, il ne saurait s’élever suffisamment pour en comprendre le sens et le danger. Ce qu’il ne sait pas, il ne peut s’en  faire. Vendons lui donc  l’apparence ; il s’en contentera. Ainsi, vendons l’image d’une Afghanistan, repaire d’affreux malfaisants, instillons la peur d’un terrorisme quelconque et cela fera oublier que certains sont là pour les extraordinaires richesses en ressources naturelles6. Arrêtons de nous faire bourrer le mou. Si je me moque (et dois sans doute me moquer) que ma voisine décore son mari de cornes, je dois m’inquiéter des chemins sur lesquels veulent m’emmener mes dirigeants. Quand bien même elle ne serait pas complètement remplie, l’exigence de transparence de la part du pouvoir est donc, à mon sens, vitale pour l’évolution de notre humanité. Ne nous gardons pas de cette naïveté.

Denis MARION Entrepreneur sans but lucratif.

1.    Dans Vers la paix perpétuelle Kant parle de la  » Publicité  » (au sens d' » Öffentlichkeit « , non de  » réclame « , mais de caractère public des décisions). 2.    La ligne Durand est le nom donné à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l’émir Abdur Rahman Khan et sir Mortimer Durand pour l’Empire britannique. Elle divise artificiellement des tribus pachtounes qui partagent la même langue, la même organisation sociale. 3.    Les accords Sykes-Picot, sont des accords secrets signés le 16 mai 1916, entre la France et la Grande-Bretagne (avec l’aval des russes et des italiens), prévoyant le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne) en zones d’influence entre ces puissances, dans le but de contrer des revendications ottomanes. 4.    http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20101214_036. 5.    http://www.lesoir.be/debats/chroniques/2010-12-03/dictature-de-la-transparence-806935.php 6.    http://fr.wikipedia.org/wiki/Afghanistan#Les_ressources_naturelles

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