Où il est question de livres, de relecture et d’écrivains.


Laure Murat, auteure notamment d’une étude sur la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux guerres (Passage de l’Odéon), a envoyé à deux cents «grands lecteurs» (hommes et femmes travaillant dans le monde du livre) dix questions assez détaillées concernant leur pratique de la relecture (tous affirment relire avec plus ou moins de régularité). Sur près de cinquante réponses reçues (dont quelques-unes de refus), une trentaine a débouché sur un entretien et au final, vingt témoignages sont repris dans l’ouvrage (ceux d’Angot, Chamoiseau, Echenoz, Ernaux, Desarthe, Noguez, Olivier Rolin, etc.). Les résultats de son travail, Laure Murat les synthétise dans la première partie, la seconde reprenant les réponses in extenso. Elle remarque notamment que relire «est une expérience unique de l’espace et du temps», que cela «touche au plus profond de l’intime et des fantasmes de la projection» et permet de «se créer son propre univers» ou que, parfois, cette pratique «défait le mythe de l’original» (plusieurs contributeurs s’avouent déçus par leur relecture).


Au cours de son enquête, Laure Murat (qui passe la plus grande partie de l’année à Los Angeles où elle enseigne à l’UCLA – comme Alain Mabanckou) a souvent pris le métro pour aller interviewer les uns et les autres. Un jour, elle s’est retrouvée assise à côté d’un homme qui notait des noms d’écrivains dans son carnet. C’était ceux, s’était-elle rendu compte, dont des livres sont lus durant ces voyages souterrains. Elle s’est mise à observer elle-même les lectures de ses compagnons de voyage et à les répertorier. Elle en a tiré un petit livre, Flaubert à la Motte-Piquet (Flammarion), aussi gratuit que vain. Car que tirer de la liste des quelques cent vingt titres repérés sur cinq mois entre 2013 et 2014? Rien, absolument rien. Sinon que le « grand gagnant» est le livre de poche, ce dont on se serait douté. Et que dans cette liste dite «à la Prévert», figurent aussi bien Camus, Aragon, Tolstoï, Racine ou Strindberg, que Schmitt (qu’elle ne connaît pas et sur lequel elle dit une idiotie), Foenkinos (qu’elle «sait» mauvais écrivain bien que ne l’ayant jamais lu, bravo!), Joël Dicker ou Mankell. Si l’auteure a manifestement pris du plaisir à cet exercice, elle peine à le communiquer au lecteur.




En fait, ce Dictionnaire chic est une sorte de journal critique (et passionné) classé alphabétiquement. Christian Authier ne parle que des écrivains qu’il aime, soit. Mais c’est toute la littérature française de droite qu’il rameute, des Hussards (Nimier, Déon, Blondin, Laurent) aux néo-hussards (Neuhoff, Patrick Besson), en passant par Marceau, Dutourd, Mohrt, Duteurtre, Raspail, Perret (Jacques), Nourissier, Lambron, Stéphane Denis, etc. S’ils sont accompagnés d’écrivains appartenant à l’autre bord – Guégan, Annie Ernaux, Michel Ragon, les frères Rolin, Bernard Maris – et si la qualité d’une œuvre n’est en rien liée à l’appartenance idéologique de son auteur, cela n’a strictement rien à voir, une telle concentration interpelle néanmoins. Régulièrement, d’ailleurs, Authier semble vouloir les excuser (et se dédouaner?) en précisant par exemple qu’un tel «vaut mieux» que son image d’écrivain de droite, etc. Il est aussi amusant de voir que, parmi la petite centaine de noms qu’il a retenus, une vingtaine a été primée par le Prix Roger Nimier (que lui-même a reçu en 2006 pour Les Liens défaits). Enfin, la subjectivité n’excuse pas tout. Comparer Houellebecq (le mieux servi avec dix pages) à Proust et Céline (rien que ça!) en plaçant au même niveau, pour l’histoire littéraire, la sortie des romans du premier et les publications de La Recherche et du Voyage au bout de la nuit est d’une telle bêtise qu’il vaut mieux en sourire.

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