Omerta ?

L’actuel sommet de Copenhague sera sans doute assimilé par le futur à un pic de pollution mentale. Sous les nuages de fumée, nul n’a entendu formuler la question qui aurait pu y présider : pourquoi l’extension à tous les aspects de la vie de la logique du marché ( acheter au plus bas, vendre au plus haut prix ), par les inévitables pillages et saccages qu’elle génère, ne serait-elle pas radicalement mise en cause ? A défaut de quoi, le même engendrant sans cesse le même, on verra toujours plus proliférer les discours feignant de déplorer les conséquences de causes bien connues qu’il ne s’agit jamais vraiment d’interroger. C’est ainsi qu’enfle démesurément la sphère des représentations, sous forme d’un marché de mots et d’images, proclamant des intentions que la réalité démentira toujours davantage. J’aimerais inviter ceux qui promenadent en ces contrées électroniques à me répondre : si, la semaine dernière, j’ai adressé aux deux principaux quotidiens belges francophones le court texte suivant, pour éventuelle publication en « courrier des lecteurs », pourquoi ce texte ne fut-il pas publié, sans un mot d’explication ni quelconque formule en accusant réception ? Pourquoi la gigantesque foire aux signes accueille-t-elle sans réserve ce qui est le plus insignifiant, excluant tout ce qui, naguère, accréditait l’idée d’un espace public ouvert aux expressions critiques ?

Ce minime épisode, si l’on veut y réfléchir, peut alimenter une ample interrogation. Voici le texte refusé :

Le Sommet de Copenhague osera-t-il envisager les multiples pollutions de la vidéosphère ? Il n’arrive jamais qu’une chaîne de télévision prenne la liberté de diffuser un film cubain. C’est donc avec surprise, et grande curiosité, que l’on s’apprêtait à découvrir « 7 jours, 7 nuits » sur Arte ce mercredi soir. L’oeuvre était présentée par toute la presse comme une « comédie dramatique de Joel Cano (Cuba, 2003) ». De même, la présentatrice à l’écran ne laissait-elle aucun doute : il s’agirait bien d’une réflexion réalisée par des citoyens de cette île. Dès les premières images, conformes aux clichés médiatiques, il était évident pour qui connaît Cuba que nous étions en présence d’un gag tourné à Miami. Le peuple cubain en était physiquement absent, de même que son esprit. Hystéries féminines meurtrières, machos sanguinaires, vie sociale se résumant en guerre de tous contre tous, bestialité ordinaire des rapports humains : rien ne correspondait à la moindre réalité, même si d’évidence quelques scènes avaient été tournées à la sauvette dans l’un ou l’autre décor de La Havane. Il fallait scruter le générique pour lire, en petits caractères, qu’il s’agissait d’une production de Madrid. Si quelque firme commerciale s’avisait, pour discréditer une concurrente, de réaliser une publicité mensongère soi-disant attribuée à son adversaire, qui « révélerait » par exemple de quelles abjections se composent ses produits, il ne fait aucun doute que les procès retentissants qui s’en suivraient, forts du puissant intérêt de tous les médias, se concluraient par des dommages et intérêts, voire des condamnations pénales, retentissants. Cette élémentaire logique du droit international ne s’applique pas quand le préjudicié est un peuple inscrit dans une logique révolutionnaire. A son égard, les plus vils procédés du gangstérisme idéologique sont permis. C’est lui qui, pour crime d’indépendance, est déclaré hors-la-loi !

Comme sont condamnées au silence par principe, au terme d’un expéditif procès d’intention, pareilles interrogations.

#conférencedeCopenhague #Cuba

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