Optimisme malgré tout


Son livre magnifique est à la fois un portrait intime – le retour du narrateur à Port au Prince, après la mort de son père à New York, où il retrouve notamment sa mère, sa sœur et un neveu – et une photo du pays aujourd’hui. La question qui se pose est celle du départ – faut-il rester ou partir, s’interroge l’un des personnages – d’une île qui a vu, sous Papa et Bébé Doc, une partie de sa classe moyenne et de ses artistes s’exiler. Laferrière en profite pour parler un peu de lui, de son passé, et notamment du jour où il a publié son premier article qui lui a valu une convocation par un officier tortionnaire qui l’a complimenté. L’originalité de ce roman est d’être majoritairement écrit en vers libres. Ce qui ne ralentit en rien sa lecture mais donne une autre dimension au texte.


Charly vit Tour Rimbaud, non loin de Paris. Et c’est pour en savoir plus sur ce poète qui, comme Verlaine, Hugo, Apollinaire ou René Char, a donné son nom à des tours HLM, cités ou centres d’activités, que cet enfant habité par une curiosité tout azimut vole à la bibliothèque un exemplaire d’Une saison en enfer. A onze ans, il n’est pourtant pas un délinquant, il est au contraire bon élève. Le roman se déroule en une journée au début de laquelle la police emmène sa mère, une Malienne sans papier. Brossant l’école, il va errer dans la cité, retrouver son frère, se promener avec sa petite copine et, finalement, se rendra chez le couple de vieilles personnes où sa mère fait habituellement le ménage et à qui, avec malice et espièglerie, il préparera un repas d’anthologie – l’une des scènes les plus drôles et émouvantes du livre qui n’en manque pas.

«On m’a reproché de n’être pas fidèle à la réalité, explique Benchetrit. Or, j’ai grandi dans une cité HLM et c’est la mienne. Dans ces endroits qui se dégradent, survit une humanité très puissante. Je voulais raconter un livre sur le talent. Charly est curieux, il s’intéresse aux poètes qui ne sont que des noms dans son quartier, a envie d’aimer. Il pense que là où il vit est le meilleur endroit du monde, ce que je me disais enfant. D’un autre côté, je suis choqué par l’arrestation de sans-papiers pour atteindre des quotas, je suis mal à l’aise face à ces chiffres énormes qui sont des vies humaines. Il y a forcément parmi ces familles expulsées, certaines qui ressemblent à celle de Charly et je me dis qu’il y a là une grande injustice.»

Dany Laferrière, L’énigme du retour, Grasset, 302 pages, 18 €

Samuel Benchetrit, Le cœur en dehors, Grasset, 297 p., 18 €