Ou pas ?

C’était le nouveau tic de langage. Il avait été inventé comme une ponctuation pour lancer un sujet par Laurent Delahousse, le type à la mode de l’info du week-end à la télé. C’était une façon commode et facétieuse de ne pas donner son avis. Plus sérieusement, il révélait l’inconfortable incertitude dans laquelle baignait désormais le Beau pays. Le premier exemple s’était imposé de lui-même : fallait-il se faire vacciner contre la grippe A ? Ou pas ? Après avoir été alarmiste, la ministre en charge s’était révélée mal préparée à la marée d’inquiétude qui allongeait désormais les files d’attente. L’appel à l’armée et aux étudiants n’était pas là pour rassurer. Quant aux médecins, ils débattaient encore entre eux de savoir si la piqûre était bénéfique. Ou pas ? L’Etat allait-il finir par entendre raison et faire appel aux médecins généralistes qui proposaient leurs services depuis le début ? Ou pas ?

Sur les changements climatiques, le temps était à l’orage entre les éternels Cassandre et les scientifiques minoritaires qui commençaient à relever la tête en affirmant que le responsable du réchauffement de la terre n’était pas l’homme, mais le soleil. Les Gaulois dont c’était pourtant une marque de fabrique se demandaient plus que jamais si le ciel allait leur tomber sur la tête ? Ou pas.

Les Gaulois, parlons-en, hélas. Comme prévu, le prétendu « débat » sur l’identité française avait surtout permis que se libérât la France éternelle côté sombre, celle des petites blagues racistes entre amis (Hortefeux, Chirac) qui étaient désormais livrées au public grâce aux progrès des vidéos, celle des relents archaïques que l’on voyait s’exprimer dans les terrifiantes réunions de sous-préfectures, qui ne rassemblaient heureusement que trois pelés et un tondu quand Besson parlait d’ « immense succès populaire », celle des contrôles policiers aux accents racistes comme ceux dénoncés par « Libération » lors des manifestations le soir de la qualification de l’Algérie au mondial de foot. Les Suisses remontés comme des coucous contre les minarets n’avaient rien arrangé. Tant bien que mal la résistance commençait à s’organiser et 20 chercheurs lançaient un appel à la suppression du « Ministère de l’Identité nationale et de l’immigration » qualifié de « fissure de la République ». Mais contre cette indignité nationale, aucun vaccin n’existait. Le fascisme soft était-il immortel ? Ou pas ? On aurait pu insister sur l’enseignement des valeurs de la république et de la démocratie. Mais ce fut justement le moment que choisit (ou pas ?) le ministre de l’Education pour annoncer la suppression de l’histoire et géo obligatoire en terminale scientifique. Un façon de révéler la triste vérité, que le pouvoir se moquait en réalité comme d’une guigne de l’Histoire de la France et donc des valeurs sur lesquelles reposait l’identité française ? Ou pas ? Ici encore, 20 universitaires de renom publièrent une pétition de protestation. Mais trêve de grands problèmes moraux ou vitaux posés à la France et à l’humanité, arriva enfin la mère de toutes les interrogations : les routiers menaçaient – cela faisait longtemps – de bloquer les routes, et donc les entrepôts de victuailles. Les Français prenaient enfin au sérieux quelque chose : la trêve des confiseurs serait-elle respectée ou ne respectait-on plus rien ? Nos réveillons étaient-ils menacés comme commençait à le suggérer la presse ? Houpa ? Jusqu’à mardi prochain.

#Identiténationale

Posts récents

Voir tout

NOUVEAU SITE

Cela fait de longues années que ce blog n’a pas été mis à jour. Non que ce soit une obligation ; mais là, vraiment, il était temps. Il n’y aura plus de nouveaux articles sur ce site. Je vous invite à

michaël, l’espiègle

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son étern

Anvers et contre tout

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de