Panem et circenses

Lorsque j’étais enfant, j’ai eu le cœur brisé par la mort de mon héros, Stan Ockers, qui s’était fracassé le crâne sur la piste du vélodrome d’Anvers.

Ado, je m’étais emballé pour notre tout frais champion du monde, Jean-Pierre Monseré, fin et racé, jusqu’à ce qu’il soit fauché au début d’une brillante carrière par un automobiliste.

Ensuite j’avais perdu un peu de mon enthousiasme candide à cause de ma nouvelle idole, Michel Pollentier. Un coureur fou qui zigzaguait de façon si extravagante sur la route qu’il faisait deux fois plus de kilomètres que ses concurrents. Je le croyais capable de rééditer les exploits de Merckx et de Van Impe mais il fut surpris tenant caché un flacon d’urine dans son slip lors d’un contrôle anti-dopage alors qu’il venait de s’emparer du maillot jaune au tour de France. D’autres champions, pris comme lui, avaient fini par éroder un peu ma passion pour la petite reine. Et les piètres résultats des Belges au tour de France, s’ils me rassuraient sur leur déontologie, ne contribuaient guère à faire renaître mon intérêt. Jusqu’à l’année dernière qui vit le réveil des Belges, et un magnifique printemps tricolore lors des classiques en ligne. Mais la mort de Weylandt vient soudain rappeler la cruauté d’un sport dont les champions paraissent si sereins et si faciles lorsqu’ils lèvent les bras en passant victorieusement la ligne.

On croyait le rêve à portée de pédales. C’était oublier les leçons de la tragédie grecque : il ne faut jamais tenter d’égaler les dieux. Icare fracassé en plein vol parce qu’il tentait de monter trop haut. Ces footballeurs blessés, opérés sans cesse, ces tenniswomen démantibulées, ces champions vieillis avant l’âge, qui ont une tête de retraité quand leurs copains d’école démarrent dans la vie.

Qu’est-ce que Weylandt a goûté des plaisirs de la vie ? Tué en pleine jeunesse, on imagine qu’il n’a jamais connu que les invraisemblables sacrifices qu’on exige maintenant des champions de haut vol. Une discipline de soldats en guerre. Et pourquoi ? Pour espérer entendre une fois, une fois seulement, son nom crié au passage d’une classique ou d’une étape d’un grand tour où il aurait miraculeusement jailli du peloton pour caracoler en tête et arracher le baiser de la miss de service.

Tant de jeunes pensent aujourd’hui que gagner est facile. Il suffit de jouer au Lotto. N’est-ce pas ce que promettent la pub et les animateurs télé ?

Boonen, Van Summeren, Gilbert, comme Weylandt ne croient pas au Lotto. Peut-être ne regardent-ils pas assez la télé ? Ils donnent du spectacle, font battre les cœurs, vibrer des foules. C’est peu dans l’histoire du monde ? À y réfléchir calmement, tellement plus que tous les prometteurs de beaux jours à qui nous avons fait tant confiance.

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