Pauvre pauvre pauvre Rossel

Il est bien regrettable que le jury Rossel, composé d’anciens lauréats, se soit à ce point fourvoyé, d’une part en laissant passer quelques très grands romans belges parus cette année (dont ceux de Françoise Lalande et de Daniel Charneux), d’autre part en couronnant Démons me turlupinant (Gallimard) – plutôt que L’audition du docteur Fernando Gasparri de Giuseppe Santoliquido, par exemple -, le moins bon livre d’un auteur par ailleurs passionnant, Patrick Declerck. Cet anthropologue et psychanalyste bruxellois installé à Paris à en effet signé le percutant Les Naufragés. Avec les clochards de Paris, indépassable analyse sociologique de cette humanité en marge de notre société, ainsi que trois livres de fiction portés par une écriture forte et singulière: un recueil d’histoires pour enfants (Arthur, hippopotame de course), des nouvelles (Garanti sans moraline) et un roman (Socrate dans la nuit). L’écriture est, ici, bien plus sage. Dans Démons me turlupinant, titre d’un tableau d’Ensor, Declerck évoque des moments de son enfance en s’arrêtant sur des personnages qui l’ont imprégnée: Mémé, sa redoutable grand-mère hystérique, son père, ce «con» qui voulait «foutre le camp» de Belgique et qu’il aimait «profondément», ou son parrain, le mari de sa grand-mère qui avait divorcé une première fois, un homme «radicalement prévisible». Tout en s’autorisant quelques crochets par certaines patientes. Ce n’est pas sans intérêt. Mais de là à se voir attribuer le prix considéré (de plus en plus à tort) comme le Goncourt belge? Il y a de quoi s’interroger sur la perspicacité critique des jurés.

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