Pavillon France

Comme mars en carême, le marronnier revenait. C’était ainsi que les journalistes nommaient entre eux une corvée qui revenait chaque année ; traiter une fois de plus d’un sujet aussi incontournable que rebattu comme la rentrée scolaire, la Foire de Paris ou les bouchons pour les départs en vacances. Impossible de faire l’impasse.

Or, l’un des plus redoutables marronniers était l’anniversaire de l’accession du président au pouvoir suprême. On fêterait jeudi l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée, à coup de bilan (pas bon), de sondages (catastrophiques) et d’analyses (logique !).

Un signe n’avait guère échappé aux chroniqueurs du Beau pays, qui à lui seul décrivait assez pertinemment l’état du règne et du petit roi au bout de trois ans. Alors qu’il avait commencé dans la force virile d’un « Casse-toi pauv’ con ! » au Salon de l’Agriculture (autre marronnier campagnard), il tournait au « Fais pas le malin !» que le président avait asséné à quelque importun lors de son récent voyage en Savoie. Certains y virent un affaiblissement de son caractère (mauvais), d’autres un effort vers plus de classe et de tempérance (bon). A la fin du quinquennat, le prochain manant s’exposerait peut-être à un « je vous demande de vous taire » plus civilisé qui sentirait sa fin de règne et la référence tardive à un mentor dépassé.

Cependant, l’Exposition universelle de Shanghai venait d’ouvrir dans la démesure de la Chine qui se préparait à devenir le pays le plus puissant du monde. La France y tenait sa place sous la forme appétissante de son pavillon en forme de pâtisserie en dentelle de béton. Le président ne manqua pas l’occasion, d’autant qu’il était temps de montrer qu’il était ami de l’empire du Milieu malgré l’incident tibétain, et Dame Carla qui l’accompagnait sut bien montrer qu’elle ne réservait pas ses sourires et ses grâces au seul Dalaï-Lama.

Vitrine du Beau pays, le pavillon France était l’occasion de chanter au monde ses qualités millénaires. La modestie d’abord avec pour parrain Alain Delon qui déclara d’entrée : « Ça me fait toujours plaisir d’être en Chine parce que je suis un peu chez moi. Je suis très aimé en Chine. » Le Président pouvait en prendre de la graine.

Mais la France éternelle avait d’autres qualités. Patrie des Droits de l’homme, on aurait pu illustrer ses exploits avec une exposition sur les sans-papiers, sur les sans-logement, sur les réfugiés qui se cachaient dans les bois comme des bêtes et sur les prisons surpeuplées. La puissance économique et le fric-roi à la française seraient représentés par la saga de Jérôme le trader repenti qui allait enfin lever le voile lors de son procès sur les pratiques des banques qui avaient du coffre. Le chic français serait avantageusement imagé avec une reproduction géante de la couverture de Match sur laquelle une jeune hétaïre (elle préférait dire « escort girl ») racontait comment elle était devenue l’entraîneuse des Bleus. L’art de vivre à la française avec un film « un mois de caillassage à Tremblait-en-France », bref, les sujets ne manquaient pas pour épater le monde.

Cela serait toujours plus actuel que l’Angélus de Millet qui parlait d’un Hexagone disparu depuis longtemps qui sentait bon/mauvais sa glèbe et son identité nationale.

Jusqu’à mardi prochain.

#Sarkozy

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