Petits débats entre ennemis

Or il advint un événement si inédit que la plupart des responsables de la politique dans le Beau pays se tinrent cois et comme embarrassés par la nouveauté : un ministre de la République comme on disait dans cette nation qui aimait faire ronfler les mots et surtout les titres, Brice Hortefeux pour le nommer, venait d’être condamné pour « injure envers un groupe de personnes en raison de leur origine. » En l’espèce, la fameuse et odieuse réplique « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » à l’adresse d’un militant UMP d’origine arabe. Bref un ministre condamné pour propos raciste. Il avait eu de la chance : il aurait pu l’être pour outrage et lâcheté après qu’à l’époque, il avait prétendu que son trait avait été lancé… contre les Auvergnats.

Était-ce là motif à démission fut le débat de la semaine. Le premier ministre s’étant contenté d’un communiqué lénifiant comme écrit du bout de la plume, il fallut seulement compter les points entre Hamont (PS) flanqué de Villepin (PNI – Parti Non Identifié) qui s’essayait au métier si nouveau pour lui d’opposant, et enfin les opposants transformés en appuis du ministre condamné, Julien Dray et un Charasse sortant de son silence et de son devoir de réserve dont il n’avait cure continuant ainsi, derrière des allures de bonhomme, une carrière de mépris. Il essaya comme à l’accoutumée de faire passer ses petites vulgarités (« con » « chier »…) pour des bons mots, et prit de façon surprenante la défense d’Hortefeux ; il assura qu’il n’était pas raciste, et ne trouva pas d’autre responsable de ce pitoyable procès que… les journalistes, bien sûr. (« Les chiens », comme avait dit son Maître.)

Au demeurant d’une grande malhonnêteté intellectuelle puisque le ministre n’était pas accusé d’être raciste, mais d’avoir seulement, si l’on peut dire, tenu des propos outrageants, incivilités habituelles du Beau pays dont le ministre de l’Intérieur donnait l’exemple pitoyable. C’était une des plus basses et classiques manœuvres du débat piégé que de commencer par exagérer un grief pour mieux le détruire ensuite.

Mais la raison de cette surprenante défense d’un ennemi politique était peut-être encore plus simple : Le Parisien faisait remarquer que le ministre de l’Intérieur décidait de qui bénéficiait de la protection des « hautes personnalités », et que l’équipage de Sa Suffisance se composait de deux officiers de sécurité pour 10.000 euros par an, ce qui n’était en rien justifié par sa fonction au Conseil constitutionnel.

Bref, on demeura bien loin en tout cas du grand débat qu’aurait mérité la France sur le racisme ordinaire des gens qui se croient extraordinaires.

La deuxième polémique de la semaine fit encore remonter le temps. Jusqu’à qui ? De Gaulle, figurez-vous ! Objet du débat : fallait-il mettre ses « Mémoires de guerre » au programme du bac littéraire ? Un syndicat d’enseignant de gauche fut accusé par la presse de droite d’être à l’origine de la pétition qui circulait contre cette décision. Le Snes démentit, ce qui était au mieux une inexactitude, au pire une dérobade : comme le disait du bout des lèvres son co-secrétaire général, il reconnaissait avoir « contesté » ce choix. Là en était le Beau pays : dans la tornade de la crise, à débattre si De Gaulle au programme était de la haute littérature ou de la basse politique. Il est vrai que la France était aussi ce pays où un ancien Président avait pu rêver : « Flaubert, c’est moi ! »

Jusqu’à mardi prochain…

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