Petits mensonges entre amis


Faut-il encore présenter Guillaume Canet? Eclairons, par acquis de conscience, quelques lanternes. Guillaume Canet est un acteur reconnu par la profession et le public comme talentueux, et accessoirement adulé par les filles pour sa bogossitude. Après des débuts à la télé, il a percé au cinéma avec Je règle le pas sur le pas de mon père (Rémi Waterhouse), puis il fut mis sous les feux des projecteurs grâce à son rôle, aux côtés de Virginie Ledoyen, dans The Beach de Danny Boyle. Sa carrière d’acteur compte à ce jour quelques erreurs oubliables (Vidocq, L’Enfer) mais également quelques rôles qui lui ont valu sa renommée (Jeux d’Enfants, Joyeux Noël, Ensemble c’est tout, e.a.). Son plus grand succès, pourtant, Guillaume Canet le doit à ses prouesses de réalisateur.

Son adaptation de Ne le dis à personne (plus de trois millions d’entrées en France) a raflé 4 César, dont le meilleur réalisateur et l’acteur (François Cluzet). Une vraie consécration qui a permis aux promesses de Mon Idole, son étonnant premier long-métrage, d’être tenues.

Attendu au tournant pour son troisième film, Canet est allé puiser au fond de ses tripes. Pas de doute, son film, écrit durant les pauses de ses tournages, est une œuvre « personnelle ». « Le film de ma vie« , peut-on lire dans les magasines. Le pitch? A la suite d’un événement bouleversant, une bande de copains décide, malgré tout, de partir en vacances au bord de la mer comme chaque année. Leur amitié, leurs certitudes, leur culpabilité, leurs amours en seront ébranlés. Ils vont enfin devoir lever les « petits mouchoirs » qu’ils ont posés sur leurs secrets et leurs mensonges. Ces quelques lignes suffisent; mieux vaut en savoir le moins possible à l’avance.

Pour sa carrière de réalisateur, ces Petits mouchoirs ne révèleront sans doute pas Guillaume Canet comme un grand metteur en scène. Hormis la première scène (saisissant plan-séquence qui suit l’événement traumatique inaugural), Canet se fait observateur discret. Sa caméra traque essentiellement les visages des personnages pour mieux transpercer leurs âmes, dévoiler leurs petits mensonges, leurs petites bassesses, leurs petits secrets. Les comédiens sont ici tous formidables. Canet est bel et bien un directeur d’acteurs hors pair. Soulignons particulièrement les prestations de François Cluzet, Gilles Lelouche et Marion Cotillard. A noter aussi, celles de Laurent Lafitte et Valérie Bonneton, enfin dirigés à la hauteur de leur talent. Également scénariste, Guillaume Canet signe un film choral d’une fluidité exemplaire. Les dialogues sont aux petits oignons, et la structure chorale permet au film de basculer petit à petit de la comédie au drame, subtilement – bien qu’on sente dès le départ vers où le film se dirige. C’est là que la longueur (beaucoup décriée par une partie de la presse – le compteur affiche 2h33) joue à mes yeux en faveur du film. Non seulement sa durée renforce davantage l’alchimie entre les comédiens et la fluidité du récit, mais surtout, elle permet au spectateur de s’attacher fortement aux personnages (tous entiers, vivants), et de vivre ainsi cette histoire totalement avec eux, de A à Z. D’autant plus qu’il y a beaucoup de nous-mêmes, dans ces personnages. Cette bande de copains, c’est un petit peu la nôtre… Ceux qui accrocheront, donc, seront ainsi embarqués dans un inoubliable rollercoaster émotionnel. Des larmes d’hilarité bien sûr, mais aussi des larmes d’une émotion la plus dévastatrice. Les fines bouches dénonceront un pathos surligné au Stabilo, mais si vous voulez un conseil d’un spectateur touché en plein cœur: préparez vos mouchoirs.

Guillaume Canet n’est pas Claude Sautet, certes, mais à mes yeux il a réussi avec Les Petits mouchoirs un film de potes exceptionnel. Il capte l’air du temps, il décrypte toute une génération et offre une belle réflexion sur l’amitié et tous ses petits tracas. C’est du cinéma populaire haut de gamme, débordant d’humanité et de générosité. Une seule envie demeure à l’issue de la projection : appeler ses potes.

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