Petits meurtres entre amis


Calvin & Hobbes nous connaissons beaucoup de gens.  La vie nous réserve toujours de belles (ou de moins belles) rencontres. Stan par exemple, qui nous a raconté une belle histoire. Bon Stan, c’est son pseudo. Stan, c’est quand même mieux que Gilbert. Et puis, nous nous sommes demandé si ce choix n’avait pas été guidé par le titre d’une nouvelle de Simenon, Stan le tueur. C’est peut-être un pseudo à clé[i].

Mais trêve de digression, commençons son récit.

Je ne suis pas une oie blanche, une perdrix de l’année. Je vis dans un monde difficile, mais aussi confortable quand on sait comment il fonctionne et comment s’y prendre. Il faut se garder de ses ennemis, mais parfois aussi de ses amis. J’y ai fait mon trou sans que ma plastique n’y soit, je pense, pour beaucoup. Cependant, quand on vit dans ce monde depuis quinze ans , on se dit que c’est bon, que c’est fait, que le risque s’est éteint, même si l’on sait qu’il couve encore. Mais on n’y pense pas, pas trop pour ne pas s’angoisser inutilement, pour éviter de vilaines rides. Alors quand cela arrive, on est démunie, choquée, perdue. Là, un de mes proches collègues vient d’être licencié. Sans prévenir, sans crime, sans fraude, sans faute grave. Il te prévient qu’il est appelé par la direction, il te revient viré. C’est comme si quelqu’un l’avait visé, l’avait dégommé. Un meurtre de sang-froid. Comme si un tueur s’était présenté sur le plateau, avait tiré et était reparti. Bien entendu que tu sais que cela se passe. Dans ton monde aussi. Mais cela se faisait différemment. Avec des formes, si pas avec des gants, en respectant des règles et des délais. Mais comme ça, sans raison objective. Non, cela ne t’était pas encore arrivé. Et puis tu creuses, tu enquêtes. N’y avait-il pas une responsabilité de la part de la victime ? N’aurait-il pas chargé la barque, ne s’était-il pas révolté ? Mais non, même pas. Il n’était ni meilleur, ni pire qu’un autre. Il faisait de son mieux. D’ailleurs, toi personnellement, tu le trouvais compétent, et charmant, ce qui ne gâche rien. Mais au fur et à mesure, tu apprends des choses, qu’elles étaient écrites depuis longtemps, que tout était fait pour aller dans ce sens. Tu apprends qu’ils avaient écrit le scénario, précisément. Que l’aide qu’il était en droit d’attendre lui était refusée. Sans excès, mais avec constance. Ce n’était plus un meurtre, mais un assassinat. Alors, tu t’es regardée. Les rides sont là. On ne peut pas assister impunément à de tels événements. Tout cela a l’apparence du droit, à défaut de celui de la justice, mais ce n’est qu’un vernis sur une extrême violence. Ce n’est qu’un voile sur une curée. Certains se repaissent du sang et les autres ferment les yeux par peur. Et se disent qu’ils avaient raison. Ils peuvent faire des victimes, des victimes expiatoires, des fusillés pour l’exemple. Vais-je encore avoir peur longtemps ? Stan.


[i] http://www.association-jacques-riviere-alain-fournier.com/reperage/simenon/notice_maigret/note_maigret_Stan%20le%20tueur.htm

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