Pierrat, Chiarello, Bettoni: lectures de haut vol


Je voudrais vous parler de trois romans de grande qualité parus ces derniers mois. Avocat connu et reconnu «sur la place de Paris» (comme on dit), spécialiste en droit de la propriété intellectuelle, Emmanuel Pierrat est aussi collectionneur de livres censurés (érotiques), domaine auquel il a consacré plusieurs essais. Il est d’ailleurs l’auteur de très nombreux ouvrages de toutes sortes. Le procès du dragon, sorti en janvier, est un roman qui se distingue à la fois par son propos et par son écriture extrêmement pure et juste. Faisant le tri, pour cause de déménagement, dans des cartons datant de son grand-père, fondateur du cabinet, un avocat tombe sur un dossier qui l’intrigue. Il s’agit d’un procès des années 1920, dont le cadre est l’île de Komodo et dont l’accusé est… un dragon.

Le roman est construit comme un puzzle – mais chronologique. Se succèdent des notes, documents, lettres, interrogatoires, pièces diverses pour aboutir au procès lui-même. Pierrat nous fait entrer dans un autre monde, une autre culture – où les animaux peuvent être des accusés comme les autres -, avec un sens du romanesque tout à fait probant. Mais c’est aussi par son style que ce bref roman emporte le lecteur. L’avocat sait polir ses mots et ses phrases jusqu’à les débarrasser de tout superflu, de toute graisse inutile, et le résultat est aussi remarquable que passionnant.