Plus de contenu, moins de BVtude*

Il n’y a pas si longtemps, « un autre regard » plaidait pour un emploi approprié des titres et références dans la présentation des éditorialistes et des chroniqueurs du Standaard.

Puisque personne de la rédaction ne lit « un autre regard », c’est par un pur hasard que, peu après, on a opté pour une autre présentation des éditorialistes ; Qui, Quoi ? Pourquoi ? – au lieu des titres ronflants qui parfois n’apportaient rien. Qui sait si cet appel-ci – tout aussi peu lu et tout à fait fortuit – ne nous fera pas regarder encore une fois dans le miroir.

Les héros nationaux sont dans le vent

La semaine dernière, nous avons vécu un moment de grande euphorie : après Van Rompuy, c’est Karel De Gucht à qui on attribuait une importante fonction européenne. Le premier fixera le calendrier du Conseil de l’Europe et le second aura la compétence exclusive (et puissante) de mener les négociations concernant la politique commerciale des 27 pays membres. Le premier a bénéficié, dans deux éditions successives du Standaard, d’une couverture d’une trentaine de pages, tandis que le second devait se contenter de beaucoup moins. Les lecteurs bien informés auront noté que cette importance est indirectement proportionnelle à leur influence réelle au niveau européen.

Dans Knack, Jean-Luc Dehaene déclare d’ailleurs que le poste de Van Rompuy n’est pas bon pour l’Europe. Qui suis-je pour le contredire ? Loin de moi l’idée d’avoir la moindre parole désobligeante à l’égard de nos deux héros modernes. Ils méritent leur poste, le premier parce qu’il a le profil adéquat pour rester dans l’ombre, le second parce qu’il s’est forgé une réputation internationale et que son franc parler prouve qu’il ne se laisse pas berner, ce qui n’est pas flamand, mais très libéral.

Les Bekende Vlamingen (les « Flamands renommés ») sont dans le vent

Il est probable que la rédaction du Standaard est convaincue que le lecteur  d’un journal de qualité a besoin de ce nouveau patriotisme et de l’encensement des Bekende Vlamingen car on retrouve ce phénomène dans le journal du week-end suivant : nouveaux empereurs, nouveaux habits. Yves Leterme, enterré une dizaine de fois lors des deux années passées, est de nouveau au top et il est donc temps de changer son fusil d’épaule. « Le parcours pénible de la condamnation à la purification » dit le sous-titre. On aurait pu ajouter : condamnation par le Standaard. Un peu plus de trois pages de « human interest ». Une contribution reprenant des témoignages de gens qui le connaissent de près. Une manière de relativiser tout ce qui a été radoté avant. À juste titre, selon son conseiller externe (dans l’émission télé Phara) – qui peut parler et écrire en toute indépendance –, car selon elle toute cette critique était incompréhensible et totalement sans fondement. Yves est un homme si gentil. En tant que fier concitoyen, j’acquiesce. Un peu anguleux, c’est vrai, comme c’est l’usage dans ce coin lointain du royaume où seuls les morts retiennent l’attention des médias.

La rédaction ne niera pas que ce week-end là était pauvre en nouvelles majeures ; quelques pages plus loin, une faute s’est glissée dans la mise en page : jusqu’à samedi, il était d’usage que les chroniqueurs et éditorialistes soient chez eux dans la rubrique « Opinion et analyse ». Ce n’est plus le cas ; désormais, les chroniqueurs s’amusent entre eux dans la rubrique « Intérieur ». L’intérieur du pays, où il n’y a que des emplois qui vacillent et des quartiers généraux qui disparaissent, on le trouve dans la rubrique « économie », merci. Par contre on y trouve une contribution journalistique émouvante de Tom Naegels qui interviewe Mia Doornaert, « une joyeuse mélancolique ». Trois pages pleines, pour vanter son premier livre, Le désespoir frivole. Ce qu’il contient, impossible de le savoir, au contraire de tout ce qu’elle a enduré presté. Heureusement, Marc Reynebeau n’avait eu qu’une page il y a peu dans la rubrique « Opinions »pour faire la ‘promotion’en fait l’éreintement -du livre politique de Bart Maddens.

La photo d’un million

Hallo, De Standaard? Pouvez-vous me dire combien coûte une publicité d’une page complète dans l’édition « Week-end », sur le côté droit ? 25.000 euro pour une page ? Ouïe…C’est beaucoup d’argent. Mais, Monsieur, d’après le CIM (Centrum voor Informatie over de Media = les médias qui se contrôlent eux=mêmes), le supplément week-end du Standaard est lu par près d’un million de lecteurs.  Soit un franc par lecteur, ce n’est pas beaucoup.

Alors bon, faisons le compte des photos dans cette édition des 28 et 29 novembre :

« La grande  frustration de Kris Peeters » (la une, sujet sociétal très révélateur ; contenu relégué dans la rubrique économie pages E2 – E3): 20.000 euro

Fête de l’offrande (une ducasse flamande) (p. 6, « human interest »): 15.000 euro

Nouvelle levée de membres VLD (blz 9, pub gratuite): 15.000 euro

Yves Leterme (pp. 10 & 11, compensation pour dommages subis): 25.000 euro

Policier à Bruxelles Sud (p. 14 sujet de société): 10.000 euro

James Bond, l’espion en chacun d’entre nous  (p. 16, « human interest »): 5.000 euro

Mia Doornaert, Le désespoir frivole (p. 18, pub gratuite): 23.000 euro

Berceau Congo (pp. 26-29, sujet de société révélateur) : 55.000 euro

Le traité de  Lisbonne (pp. 30-31, sujet société): 20.000 euro

Soit 200.000 euros ‘gaspillés’ en photos sur quelques pages dans un seul journal. Ce n’est pas rien pour un journal de qualité dont les finances ne se portent pas si bien. Ou est-ce simplement une mesure d’économie parce que les photographes sont meilleur marché que les journalistes ? Et les chroniqueurs très bon marché ?

Un autre regard ? Serait-il possible, s’il vous plaît, de remplacer les photos de publicité gratuites par du contenu et de ramener les autres photographies à un format correspondant à leur valeur révélatrice ?

Mais surtout, si vous pouviez débarrasser le journal du week-end de tous ces Bekende Vlamingen inutiles et de ces allures de tabloïd, alors vous feriez plaisir aux lecteurs qui recherchent une qualité supérieure et vous participeriez à la crise en vendant cette version un demi euro moins cher. Si vous ne savez pas à quoi cela ressemble, je vous enverrai volontiers un exemplaire du Neue Zurcher Zeitung.

Oui, je lis volontiers les mésaventures de gens intéressants ; mais accrocher leur photo dans mon bureau me semble excessif. Qui sait si quelqu’un n’en viendrait pas à me soupçonner de filature !

* (culte des Bekende Vlamingen, les « Flamands renommés »)

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