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Pascal Verbeken a quasiment mon âge. Il est né à Gand. Il vient de publier un livre, La terre promise (Flamands en Wallonie), où il explique qu’il s’en est fallu de peu pour qu’il soit wallon, et pas flamand ; il aurait suffi que ses grands-parents, à Grammont, suivent le mouvement dominant de migration qui était alors celui des Flamands pauvres vers la Wallonie riche. Raconté comme ça à des jeunes wallons et flamands, cela semblerait surréaliste (un art très belge). Pourquoi pas des Israéliens pacifistes et des Palestiniens ouverts au dialogue ?

De tels Israéliens et Palestiniens existent. Et on peut supputer qu’il y a encore en Belgique quelques citoyens avertis de l’histoire leur « pays » et de son évolution. Comme Pascal Verbeken et Luckas Vander Taelen, lequel a réalisé l’adaptation cinématographique du livre de Verbeken.

La question n’est plus de savoir si la Belgique a un avenir ; ce qui est sûr, c’est qu’à moins de vouloir un génocide ou une déportation massive, ou une catastrophe naturelle, les Francophones et les Néerlandophones sont appelés à vivre côte à côte. À tout prendre, je finis par me dire que ce ne serait pas plus mal si ces relations se (re)construisaient dans un cadre européen, en souplesse, sans complexe, sans ombre d’un passé instrumentalisé par une génération qui n’en a jamais vécu même les conséquences indirectes.

C’est que le passé semble avoir, chez nous aussi, bien du mal à passer. À commencer par notre héritage religieux. Pourtant, on croyait que notre pays s’acheminait vers une forme de laïcité universelle… Nos évêques avaient d’ailleurs, en leur temps, été les fers de lance de Vatican II, ce Concile qui avait ouvert l’Église à la modernité. Mais il semble que l’heure de la récréation est terminée et que le religieux revient en force et en tradition. La nomination de Mgr Léonard comme Primat de Belgique en est un signe manifeste, même si Philippe Van Parijs, non sans humour et intelligence, a réussi à utiliser les tendances réactionnaires de Mgr Léonard comme garant de la liberté d’opinion et d’expression – lequel Van Parijs est aussi un des professeurs de l’UCL qui œuvrent pour la suppression du « c » dans l’appellation de l’université.

Et surtout, surtout, il y a le « coming-out » de Jean-Michel Javaux, le coprésident d’Ecolo, qui s’est même autorisé – avant de s’en excuser – de se dire plus catholique, sinon que le pape, du moins que Joëlle Milquet, présidente de l’ex-parti social-chrétien, devenu « humaniste » par souci de coller à son temps. Tollé au sein d’Ecolo ! Josy Dubié, Ecolo bruxellois, s’indigne, le CDH s’émeut ; pourtant, il est notoire qu’une partie importante des Ecolos du Brabant wallon sont des catholiques de gauche, qui seraient allés au PSC si celui-ci n’avait pas été un parti aussi lamentablement détruit par les ego de ses chefs.

Javaux n’est ni anorexique, ni homosexuel, mais il est catho et fier de l’être. Sans complexe. Non, ça ne pèsera pas dans sa prise de position sur des débats sensibles : port du voile, avortement, euthanasie. À moins peut-être d’être temporairement déchargé de ses fonctions politiques le temps du vote…

Javaux se dit par ailleurs opposé à ce que Mgr Léonard prenne position dans le débat public. Mais pourquoi ne le ferait-il pas ? Une véritable liberté d’opinion et d’expression peut-elle être limitée ? Et pour quelle raison ? Parce que Mgr Léonard est Primat de Belgique ou parce qu’il est accusé d’être réactionnaire ? Notons que Javaux le trouve intelligent. Autant que Didier Reynders, précise-t-il. Gageons que les lecteurs flamands prendront cette affirmation comme une antiphrase, voire une critique méchante à l’encontre d’un Wallon qui a publiquement déclaré (mais en a-t-il le droit ? Non, à en croire le père Javaux) que, dans plusieurs débats clés, dont celui sur BHV, les Flamands avaient raison.

Mais quand même, on a l’impression qu’on a retourné la Belgique ; il y a à peine une génération, la Flandre était supposée bigote et la Wallonie farouchement athée, voire anticléricale ; serait-ce l’inverse aujourd’hui ? On lit même que Jan Peumans, président du Parlement flamand, rêve d’être réincarné en Wallon ! Comme quoi, notre identité est vraiment surréaliste…

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