Pol Pot et ses sbires : 35 ans après les massacres…


Les Impunis, Olivier Weber, Robert laffont, 245 pages.

Coup de projecteur sur l’essai d’Olivier Weber, Les Impunis, paru chez Robert Laffont. Grand reporter, correspondant de guerre et voyageur impénitent, Olivier Weber est l’auteur d’une vingtaine de livres dont Le Faucon afghan, Le Grand Festin de l’Orient et La Mort blanche. Il nous revient avec un saisissant récit sur le Cambodge, et plus particulièrement sur l’enclave de Pailin où vivent, en toute impunité, un grand nombre d’anciens tortionnaires Khmers rouges qui n’ont jamais été jugés et qui côtoient quotidiennement leurs anciennes victimes. Pailin est un état de non-droit mafieux où le silence et les exactions – blanchiment d’argent, prostitution, règlements de compte – sont érigés en valeur suprême. Or ce silence a des conséquences dramatiques : « Les survivants des génocides sont deux fois victimes, des génocidaires et d’eux-mêmes ». La population a en effet tendance à fermer les yeux et à qualifier les massacres de « petites erreurs du passé », tous s’efforcent d’oublier, parce que le souvenir est douloureux mais aussi parce qu’ils ont peur : les exécutants courent toujours et effraient encore. Les bourreaux eux ne craignent rien : « Ils ont l’argent, les armes et la douleur du peuple, la culpabilité de tous (…) car nous ne savons plus qui est qui, tout le monde s’est mélangé, coupables et innocents, tant et si bien que les innocents se sentent coupables et que les coupables se sentent innocents ». À force d’être accepté, le mal finit par se banaliser…