Première Guerre mondiale (10) L’avant-guerre


Parmi les nombreux livres parus ces derniers mois concernant la Première Guerre mondiale, en voici deux qui examinent la proche avant-guerre. Mettant en scène l’année 1913 et les premiers mois de 1914, Michel Winock rappelle que leurs contemporains ignoraient ce qui allait leur tomber sur la tête, tout en pointant «ici et là des signes, des attitudes, des paroles et des écrits qui annoncent, sans prévoir ni l’heure ni le jour, le grand carnage.» C’est sous son aspect culturel et par le biais chronologique que l’auteur des Voix de la liberté envisage cette période. Janvier se signale par un «éveil du patriotisme» avec le succès de la pièce Alsace jouée au théâtre Réjane et l’élection de Poincaré à la présidence de la République. Février voit la parution de La Colline inspirée de l’académicien et député Maurice Barrès, ex-«chantre du nationalisme antidreyfusard» qui a mis de l’eau dans son vin. Suivent l’opposition Péguy-Jaurès, l’écrivain reprochant au fondateur de L’Humanité d’avoir soutenu la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la parution d’Alcools d’Apollinaire, le «massacre» du Sacre du printemps de Stravinsky créé par les Ballets russes, la parution des Confidences d’Arsène Lupin, la signature d’un contrat d’exclusivité par le marchand d’art Kahnweiler avec Fernand Léger, après Juan Gris, Vlaminck, Braque ou Picasso. Au fil des mois, on voit Roland-Garros franchir la Méditerranée, Jacques Copeau, l’un des fondateurs de la NRF, ouvrir le Vieux-Colombier, Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier rater le Goncourt (au profit du Peuple de la mer de Marc Elder!). 1914 s’ouvre par le souhait du Petit Parisien «pour l’Europe et pour le monde [de] douze mois de paix» et se poursuit avec le succès de Fantômas de Louis Feuillade au cinéma, la fin de la publication dans la Nouvelle Revue française de l’ironique Caves du Vatican qui entraîne une réaction courroucée de Claudel. Dont, par ailleurs, L’Otage triomphe au Théâtre de l’Oeuvre dans une mise en scène de Lugné-Poe. Et c’est avec l’assassinat de Jaurès que s’éteignent «les derniers feux de la Belle Epoque».