Première Guerre mondiale (13) Dans les familles


Si de nombreux livres racontent le front et le terrible sort des poilus dans les tranchées, ils sont plus rares à s’attacher aux familles de ces jeunes hommes qui, pour près d’un million et demi d’entre eux, ne sont pas revenus. Auteur de plusieurs livres sur les origines des noms et sur la généalogie, et notamment du Que sais-je? consacré à ce sujet, Jean-Louis Beaucarnot a voulu comprendre comment les mères, sœurs, fiancées, ou les hommes non mobilisés, ont vécu ces quatre années. Il a ainsi lancé des appels à témoins dans plusieurs journaux français et a reçu de nombreuses lettres et photos dont il a fait un livre. Divisé en dix chapitres balayant de multiples aspects – plus un onzième consacré à l’Alsace et la Lorraine (on devrait dire Moselle, seul ce département lorrain ayant été annexé par le Reich) –, Nos familles dans la Grande Guerre met en scène des familles éclatées ou décimées, des ruines et des fortunes, des lendemains pas souvent heureux et parfois difficile à cicatriser, mais surtout des couples, mariages heureux ou arrangés, amours interdits, etc. Les nombreux témoignages, régulièrement illustrés de photos familiales, reflets d’un bonheur que l’on espérait immuable, sont entrecoupés de précieux dossiers historiques, offrant à l’ouvrage une envergure plus large. On y lit comment étaient annoncées les morts, généralement par un télégramme officiel remis au maire qui se chargeait, à moins que ce soient les gendarmes, de porter la nouvelle à la famille. L’auteur révèle aussi le sort tragique des villages situés en zone de front, détruits après avoir été vidés de leurs habitants, et commente la vie dans la région lilloise, zone occupée par l’armée prussienne. Il parle encore des victimes civiles, des croix et des médailles, des veuves de guerre, des pupilles de la nation, de la grippe espagnole, des monuments aux morts, des cimetières militaires. Sans oublier la vie des poilus: l’artisanat qui leur permet de tromper leur ennui dans les tranchées, les nombreuses lettres envoyées à leurs proches, les mutins et fusillés «pour l’exemple», la démobilisation, les gueules cassées (sur les 6 millions de soldats reconnus comme «invalides», près de 300 000 étaient mutilés à 100%), etc. Un livre un peu brouillon dans sa construction mais très riche et complet.