Première Guerre mondiale (15) Paris et la guerre


Philippe Mellot connaît comme sa poche le Paris d’hier. Les anciennes Halles, le Quartier latin ou Montparnasse, auxquels il a consacré des ouvrages, n’ont plus de secrets pour lui. Pas plus que les vieux métiers ou la métamorphose de la Ville Lumière au cours du XIXe siècle. Il était donc logique qu’il se penche sur une époque plus récente, la Première Guerre mondiale. Toujours formidablement illustré, Paris en guerre est construit chronologiquement. Mois après mois, de la mobilisation en août 14 au 11 novembre 1918, s’appuyant largement sur l’étude de Raymond Séris et Jean Aubry, Les Parisiens pendant l’Etat de siège, ou sur La vie à Paris de Jean-Bernard, l’historien nous invite à suivre l’évolution du conflit dans la capitale française. Bien loin du front. Ce sont «deux mondes que tout sépare», écrit-il, «le peuple de l’arrière» ignorant l’enfer que vivent les Poilus dans les tranchées, «conséquence de la désinformation que la censure des autorités militaires appliquent au courrier et à la presse».

Tandis que, début août, la ville se vide de ses autobus, taxis-autos et fiacres, prenant ainsi «des allures de vacances», elle se remplit de réfugiés, dont un bon nombre de Belges qui «débarquent à la Gare du Nord en troupeaux, effarés, lamentables», quand elle n’est pas traversée par des moutons en route vers l’abattoir. Elle voit aussi réapparaitre les petits métiers qui avaient fini par progressivement disparaître. En octobre arrivent les premiers blessés et, à la fin de l’année, il est désormais clair que la guerre se prolongera. Malgré les bombardements qui s’intensifient à partir de mars 1915, amenant les autorités à couper l’électricité la nuit, la panique n’atteint pas les Parisiens. Ceux-ci se divisent entre les plus modestes et vulnérables, pour lesquels la situation est difficile malgré les secours apportés par des œuvres caritatives, ou les avocats et artistes dont l’état se précarise, et ceux qui tirent profit de la situation. Et les femmes? Certaines s’engagent comme infirmières, d’autres occupent les places laissées vacantes dans l’industrie et l’administration, mais beaucoup «brodent, tricotent et cousent sans relâche pour habiller leurs enfants ou apporter un peu de réconfort à leur Poilu de mari». Il est aussi question des marraines de guerre, du Buffet théâtral qui permet aux comédiens et employés de théâtre de se nourrir à bon prix, du Mont-de-Piété qui exige des intérêts «exorbitants», du terrible hiver 17, de l’augmentation des prix, de «la pléthore d’ouvrages de toutes natures» consacrés à la guerre qui envahissent les librairies ou encore des dégâts considérables provoqués par les canons allemands.