Première Guerre mondiale (2) : Xavier Hanotte


L’écrivain belge Xavier Hanotte est devenu un spécialiste de la Première Guerre mondiale à laquelle, par le roman, il s’est confronté plus ou moins frontalement. Son héros récurrent, l’inspecteur Barthélemy Dussert, traduit, comme lui, les poèmes du Britannique Wilfred Owen mort le 4 novembre 1918, une semaine avant l’Armistice, à Ors, près du Cateau-Cambrésis. Il est donc question de ce conflit dans ses deux premières enquêtes, Manière noire et De secrètes injustices. De même que dans Les lieux communs qui se passe dans le parc d’attractions de Bellewaerde, terrain en mai 1915 d’une bataille sanglante. Ou encore dans le recueil de nouvelles L’Architecte de désastre. Et bien sûr dans ce qu’il faut considérer comme son œuvre majeure, que Belfond a rééditée avec une préface de l’écrivain lorrain Philippe Claudel (auteur des Ames grises), Derrière la colline. Paru à l’automne 2000, Derrière la colline raconte le destin des soldats britanniques venus se battre, et pour beaucoup mourir, dans les tranchées de la Somme et d’Ypres. Son narrateur, Nigel Persoons, en deuil d’une histoire d’amour, s’engage dans la New Army formée de toutes pièces avec des volontaires par Lord Kitchiner D’une écriture fluide mêlant subtilement l’intime et le spectaculaire, le réel et l’imaginaire, Hanotte suit son personnage sur les routes de France et de Belgique, en compagnie d’un jardinier de son âge, engagé comme lui et qui deviendra son compagnon d’infortune. Mêlant le présent de la guerre et le futur, le récit de la bataille pour une colline où sera construit ce que l’auteur nomme le «monstre», en fait le mémorial de Thiepval, constitue un admirable morceau de littérature. Je lui ai posé quelques questions. Pourquoi cette fascination pour la Première Guerre mondiale? A cause du contraste entre les buts recherchés et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. Si, pour défendre la Belgique et le nord de la France, on dispose de moyens industriels, les tactiques datent du XIXè siècle, ce qui va entraîner un épouvantable massacre. Et pourtant, dans leur toute grande majorité, les soldats ne se révoltent pas. Ils vont être des millions à subir sans broncher l’absurde au quotidien. Pourquoi vous êtes-vous intéressé au sort des soldats britanniques? C’est le fruit de deux rencontres croisées. D’une part, avec le Requiem de Guerre de Benjamin Britten, où le compositeur met en musique les vers de Wilfred Owen. Et, d’autre part, avec la redécouverte de l’architecture funéraire britannique liée à ce conflit, dans la Somme principalement, assez unique en Europe et dans le monde. Environ un million et demi de pierres tombales sont réparties sur une trentaine de mémoriaux de différentes tailles véritablement intégrés dans le paysage. L’impression, quand on s’y promène, est très forte. Les Britanniques ont également érigé deux monuments funéraires, l’un dans la Somme, l’autre à Ypres. Ce sont de gigantesques arches portant le nom des soldats disparus. Celui de la Somme, qui apparaît dans le roman, se trouve à Thiepval, là où s’est déroulée le 1er juillet 1916 une offensive durant laquelle sont morts, en six heures, quelque 60000 soldats. Lorsque l’on se dirige vers Amiens, on l’aperçoit de loin, sans savoir ce que c’est. Sa vision provoque une impression étrange. Les soldats britanniques étaient-ils tous des volontaires? Les premiers se sont engagés sur des critères purement éthiques. Ce n’est qu’après 1916 que débarquent les conscrits. Ils savaient qu’ils allaient au casse-pipe. Dans l’armée de Kitchiner, leurs bataillons sont formés par professions – par exemple les employés du tramway – ou par quartiers, appelés «bataillons de copains».

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