Première Guerre mondiale (5) Romans récents


</a>1, rue des petits-pas, par Nathalie Hug, Calmann-Lévy, 346 pages, 18,90 € Pas plus tard que l’aurore, par Georges-Patrick Gleize, Calmann-Lévy, 346 pages, 20 € Le destin d’Hermann, par Bernard Leturcq, Ravet-Anceau, 182 pages, 15 € Le planqué des huttes, par Léo Lapointe, Pôle Nord Editions, 500 pages, 12,50 €

Dans son précédent et deuxième roman, Les demoiselles des tic-tac, s’inspirant de l’histoire de sa famille, Nathalie Hug mettait en scène la Lorraine sous la botte nazie. Dans 1, rue des petits-pas, c’est toujours en Lorraine que l’on se trouve, mais au lendemain de l’autre guerre mondiale, la première. Plus exactement durant l’hiver 1918-19, dans un village laissé en lambeaux à quelques kilomètres du front, dont les survivants tentent de se réadapter à une vie normale. Parmi eux, Vida, sage-femme, qui a outrepassé ses prérogatives, encourant amendes et prison, en pratiquant des césariennes ou en prescrivant des médicaments, ce qui lui est interdit. Elle prend sous son aile Louise, 16 ans, à qui elle apprend son métier, mais pas seulement: elle lui apprend à devenir femme et citoyenne, ce qui ne va pas sans problèmes ni questionnements à cette époque marquée par quatre années de combats et dans une petite communauté aux haines et rancœurs pas toujours rentrées. Si ce très sensible et subtil roman ne se déroule donc pas pendant celle qui fut erronément nommée la «der des ders», il en est néanmoins totalement imprégné.


Couronné par le Prix Les Bleuets décerné par les éditions Ravet-Anceau et la librairie nordiste Le Furet du Nord, Le destin d’Hermann tranche dans la production romanesque française consacrée à la Première Guerre mondiale par son point de vue: celui de l’occupant. Ses personnages principaux sont en effet deux soldats allemands cantonnés dans un village de Thiérache, région du Hainaut français frontalière avec la Belgique. C’est à Lille, où il avait été transporté après avoir été blessé dans les tranchées, qu’Hermann, 26 ans, homme réservé, s’est lié d’amitié avec Kurt, 37 ans, nettement moins inhibé.

Le planqué des huttes, le nouveau roman de Léo Lapointe révélé par ses «polars nordistes» (Le Vagabond de la Baie de Somme, La Tour de Lille, Mort sur la Lys), aborde un élément peu connu de la Première Guerre mondiale: l’installation sur la côte picarde, dans un camp construit par l’armée britannique, de travailleurs chinois (à Noyelles-sur-Mer, dans la Somme, se situe d’ailleurs le très émouvant cimetière chinois de Nolette, le plus important de France et d’Europe). Cet événement, l’auteur le colore d’une solide trame romanesque: la vie d’une famille vivant sur place, les Coulon, persécutée par un commissaire voué à faire le malheur de ce qu’il considère comme «un foyer de rébellion».