Première Guerre mondiale (6) Louisa Young


Il y a deux ans, l’écrivaine anglaise Louisa Young publiait Je voulais te dire, un roman qui abordait la Première Guerre mondiale par le biais des traumatismes laissés chez les soldats, ant physiques que psychologiques. Parce qu’il se croyait rejeté par celle qu’il aimait, qui ne faisait que subir la pression de sa mère refusant de voir sa fille fréquenter un jeune homme d’un autre milieu social, Riley s’était engagé dans le régiment de son quartier. Pour la durée de la guerre plutôt que pour un an, convaincu de la brièveté du conflit. Blessé dans les Flandres, défiguré, il avait été opéré au Queens Hospital, à Sidcup, dans le Kent. Et de peur d’être rejeté ou aimé par pitié, il ne voulait plus revoir Nadine, devenue infirmière. Pendant ce temps, son supérieur hiérarchique, sorti dévasté du conflit, sombrait dans l’alcoolisme, rejetant sa femme et leur tout jeune fils. Ravages reprend ces personnages là où Louisa Young les avaient laissés. Riley retrouve finalement Nadine, qu’il épouse, mais sans prévenir leurs familles respectives, et le couple, sincèrement amoureux, voyage en France et en Italie. Peter, de son côté, plongé dans la lecture de L’Odyssée, continue de s’éloigner de Julia, qu’il n’a jamais réellement aimée, malgré les efforts de celle-ci qui voudrait être sûre qu’ils ont, un moment, été heureux ensemble. Tout cela sous le regard désolé de Rose qui, infirmière pendant le conflit, entame des études de médecine. Ce qui frappe dans ce roman porté par un style à la fois littéraire et spontané, c’est son côté très anglais. A quoi tient-il exactement? Une manière d’écrire avec une certaine douceur, même pour parler de choses violentes? Les nombreuses onomatopées – hum, oh!, ah! – qui parsèment le texte? L’habilité avec laquelle l’auteure entremêle son discours «objectif» – descriptions, dialogues – avec, en italiques, les pensées les plus intimes de personnages? Ou le fait qu’à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, même quand un événement grave survient, on se met à boire du thé? Ce ton unique – impossible à confondre avec un auteur français ou américain – donne un charme tout à fait singulier à ce livre qui décrit très justement les douleurs intérieures de ces êtres malmenés par la vie.