Première Guerre mondiale (7) Yves Le Maner


Voici un ouvrage bluffant par son ambition et son exhaustivité. Sur plus de quatre cent pages grand format, Yves Le Maner, ancien directeur de La Coupole, Centre d’Histoire et de Mémoire consacré à la Deuxième Guerre mondiale situé à côté de Saint-Omer, poursuit, après la publication en 1999 du Nord-Pas-de-Calais dans la main allemande, son étude approfondie des deux guerres mondiales dans les deux départements de nord de la France. Il observe ces quatre années de conflit sous quatre principaux aspects: les tranchées, le territoire occupé, l’arrière-front et la mort au front. Il écrit que ce «front oublié», comparé à ceux de la Somme et de la Meuse, a été secoué par de nombreuses batailles, en Artois, à Loos et en d’autres lieux, venant rompre la monotonie de cette guerre de position. Ces batailles furent toutes décidées par les généraux français – Joffre, Foch – pour qui une guerre, c’était obligatoirement du mouvement. A leur sujet, Le Mener parle d’«entêtement», d’«aveuglement» et d’«impasse». La seule offensive déclenchée par les Allemands fut celle de Verdun. Ce n’est qu’après le désastre du Chemin des Dames, voulue par Robert Nivelle qui a remplacé Joffre, que ce type d’attaques sera abandonné. L’auteur raconte la vie extrêmement difficile dans les tranchées – surtout françaises, les allemandes est les britanniques étant nettement mieux équipées. Le froid, l’eau, les rats, les maladies et une puanteur permanente. Il rappelle que les poilus ont beaucoup écrit, à leurs familles, dans leurs carnets intimes ou dans des journaux. Des poilus qui, l’hiver 1914, fraternisent avec leurs ennemis, selon les vœux de trêve formulés par le pape Benoît XVI et acceptés par les troupes belges, britanniques, allemandes… mais pas françaises. Il rappelle aussi que le plus grand nombre de soldats fusilles le fut pendant les premiers mois de guerre et non au lendemain du Chemin des Dames.