Première Guerre mondiale (9) Ecrivains et poètes


«Aucun événement historique, ni règne, ni conflit, ni révolution n’a déchaîné autant de littérature que la Première Guerre mondiale. Grande, elle l’est rien que par les tonnes de papier qui furent noircies durant ces quatre années et plus (…)», note Antoine Compagnon dans sa très longue introduction (un essai à elle seule). L’universitaire français né à Bruxelles a, par ailleurs, consacré à la «Guerre littéraire» un récent cycle de neuf conférences au Collège de France entre janvier et mars 2014 sous le double angle de la 1ère GM dans les lettres et les écrivains dans ce conflit. D’un point de vue strictement littéraire, il distingue trois périodes: une «littérature immédiate» qui va de 1914 au début des années 1920 (dont Le Feu d’Henri Barbusse (1), Goncourt 1916, constitue le «canon»), qu’Albert Thibaudet qualifiait en 1922 de «littérature hâtive»; une littérature d’«inventaire» dans les années 1920, la difficile réintroduction des mobilisés «dans un monde civil insouciant ou hostile», comme en témoignent les livres de Dorgelès, Barbusse ou Schlumberger; «une poignée de chefs d’œuvres», enfin, parus au cours des années 30, signés Giono (Le Grand troupeau), Céline (Voyage au bout de la nuit) ou Drieu la Rochelle (La Comédie de Charleroi).


Bien plus épais, Pain de soldat d’Henri Poulaille (Les Cahiers Rouges) est paru une décennie plus tard, en 1937, entre deux autres romans consacrés à une guerre qui a fortement marqué leur auteur, Ils étaient quatre (1925) et Les rescapés (1938). Ce roman poursuit la saga autobiographique des Magneux entamée dans Le Pain quotidien et Les Damnés de la terre. Mobilisé en 1916, son héros, Louis Magneux, se retrouve en 1917 sur les fronts de l’Aisne et de Champagne, au Chemin des Dames. Pacifiste, il répugne à se servir d’une arme. Dans cette très brève rétrospective, citons encore La boue des Flandres et autres récits de la Grande Guerre, une sélection de textes du Belge Max Deauville parue dans la collection Espace Nord.


(1) Notamment disponible dans la collection Folio Plus Classique avec un dossier de Pascale Salinier.