Premiers romans (1): «Changer d’air» de Marion Guillot


La rentrée littéraire automnale (en réalité plutôt estivale vu que les romans paraissant entre mi-août et début septembre) n’est pas seulement l’occasion pour un certain nombre d’auteurs confirmés de (re)venir jouer les gros bras mais révèle également de nouveaux talents. Quelques premiers romans, sur la masse publiée, se voient en effet repérés par des libraires, des critiques et, qui sait, des lecteurs. Cette année en totalise 75 français (contre 86 l’an dernier) essaimés chez quasiment tous les éditeurs. Marion Guillot en fait partie avec Changer d’air qui rappelle qu’un événement apparemment anodin peut modifier le cours d’une vie.

Chez Paul, prof de lettres quelque part en Bretagne, c’est une vision. Ce matin-là, jour de la rentrée des classes, alors qu’il prend son café en terrasse en attendant le bateau qui lui permettra de se rendre à son établissement sur le continent, il voit une femme tomber à l’eau. Et en ressortir presto avec «autant de fierté», une «telle assurance», «une ignorance si tenace du monde extérieur» qu’il en reste pantois. Ce micro-événement, dont il est le seul témoin invisible et muet, lui procure un sentiment «d’absurde puissance», une sorte de «joie inoubliable» qui lui font d’autant plus ressentir le carcan dans lequel il est enfermé. Il quitte alors, sans exactement savoir pourquoi, ni pour quoi, sa femme et ses deux enfants, veillant juste à emporter quelques caisses d’effets personnels, dont l’œuvre complète de Platon. Et, après un détour par chez son ami Rodolphe, il s’installe à Nantes où il loue un deux-pièces. Il s’achète un poisson rouge qu’il nomme Henri, témoin muet de sa dérive auquel il s’attache, se lie d’amitié avec le menuisier venu poser son évier, prénommé Simon, revoit Rodolphe ainsi que sa femme, Aude, dans des circonstances assez inhabituelles. Et puis il s’ennuie. Car les journées s’écoulent lentement, même s’il se lance dans un projet d’écriture dont la teneur n’est pas particulièrement claire.

On comprend que les éditions de Minuit publient ce roman fourmillant de détails, et de parenthèses, venant reconstruire une existence qui semble dénuée de sens – de vraie raison d’être et de direction précise. Mais jusqu’où le vide peut-il envahir une vie sans qu’il devienne nécessaire de le combler? Et avec quoi le combler? Les gravas du passé, ripolinés, javellisés pour qu’ils paraissent comme neufs ou, carrément, des matériaux neufs? Mais alors où les trouver? C’est un peu la question que pose en creux ce séduisant premier roman, proposant un semblant de réponse… peut-être provisoire.

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