Premiers romans (3): «Avec lui» de Nathalie Poitout


Publié chez Alma, une petite maison créée il y a quelques années par des passionnés de littérature, ce premier roman est l’une des bonnes surprises de cet automne qui en a cruellement manqué, de surprises, et d’occasions de véritablement s’enthousiasmer. Une surprise d’autant plus surprenante vu son sujet qui à lui seul résume toute l’histoire littéraire française et mondiale: une histoire d’amour! Il fallait oser: raconter en 140 pages la naissance et la fin d’un amour. Mais voilà, sur ce livret devenu illisible à force d’avoir été réécrit, Nathalie Poitout apporte sa petite note personnelle. «Petite» car c’est vraiment mezzo voce qu’elle conte les bonheurs et déboires sentimentaux de Marie et Paul. Confirmant, s’il en était encore besoin, que la meilleure littérature est d’abord affaire de ton et de regard.

Paul aime Marie. Différemment selon les moments de la journée. Quand il l’a rencontrée, il avait déjà vécu une autre histoire avec Marine d’où étaient nés deux enfants et il était au fond du trou. «Absent à lui-même.» Ce fut pour lui une «résurrection». Marie est plus simple. Elle est tombée amoureuse de Paul et sans trop d’états d’âme a mis fin à une relation longue de trois années. Elle aime Paul tout simplement, sans demi-mesure. Elle le trouve «parfait». Il est «l’incarnation d’un rêve». Décortiquant la moindre anicroche, sa moindre hésitation. Maire est journaliste, ses horaires sont assez lâches, elle vit chez les uns et les autres avant de trouver un appartement. Paul se partage entre Paris et ses cours d’histoire de l’art dans un lycée et Caen où il possède une maison et où Marie aime le rejoindre. Il y a entre eux des promesses d’une vie nouvelle. Auxquelles ils croient, surtout Marie. Mais Paul est un être torturé. Qui se fait du mal. Qui demande à Marie ce qu’est l’amour. Qui dit: «Je suis fou». Et qui davantage encore que Marie, aime sa solitude. Et Paul se rend compte n’avoir pas oublié Marine. Ils se séparent donc. Avant de se faire trop de mal.

Pour raconter cette histoire simple, douloureusement simple, Nathalie Poitout a trouvé les mots justes. Son style est joliment travaillé, elle a un rythme et un ton qui lui sont propres. Et qui nous emportent avec une douceur âpre dans ce corps-à-corps où perce toujours une certaine tristesse, une vraie mélancolie. Et d’où naît une émotion dont on aime être envahi. Bonne pioche, donc, de la part d’Alma qui enrichit son catalogue d’une nouvelle auteure qui se distingue du tout-venant.

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