Premiers romans (4) Vincent Message


Dans cette rubrique, je dérogerais parfois à l’actualité pour parler de premiers romans récents réédités en poche, pour autant qu’ils soient de qualité et que ces rééditions soient récentes, bien sûr. C’est le cas des Veilleurs qui, l’an dernier, a marqué l’entrée – fracassante – en littérature d’un jeune parisien né en 1983 qui enseigne la littérature. Un roman couronné par le Prix Virgin-Laurent Bonelli décerné par des libraires (cette année, c’est Antoine et Isabelle de Vincent Borel, chez Sabine Wespieser, qui l’a reçu). Pourquoi Oscar Waldo Andreas Nexus a-t-il, apparemment sans raison, tué dans une rue de sa ville, Regson, trois personnes qu’il ne connaissait pas avant de s’endormir sur leurs cadavres? A-t-il agi en toute conscience ou dans un accès de délire? C’est ce que vont tenter de comprendre deux hommes, un policier, Rilviero, et un psychiatre aux méthodes peu orthodoxes, le Dr Traumfreund, en s’enfermant avec lui dans un bâtiment isolé au cœur d’un massif montagneux. L’homme souffre d’hypersomnie: en parallèle à sa vie réelle sans relief, cet ancien liftier et veilleur de nuit en recrée une autre dans ses rêves qui, pour lui, devient aussi réelle que la vraie. D’abord mutique, il se met à raconter son univers onirique à ses «veilleurs» qui tentent ainsi de le cerner, donc de le comprendre. Situé dans un paysage imaginaire, jouant sur de multiples niveaux et construit sur différentes strates, ce roman époustouflant aux influences multiples – parfois diffiicile à suivre, avons-le – emporte le lecteur dans un monde fictionnel et émotionnel étrange, porté par une écriture puissante et rigoureuse. Un grand auteur est, probablement, né. On attend avec impatience et curiosité son deuxième roman.