Premiers romans (5) Caroline De Mulder


«Née à Gand, Caroline De Mulder enseigne la littérature à Namur et vit à Paris.» Voici ce que l’on peut lire sur le blog de cette «primo-écrivain» (c’est comme ça qu’on dit dans les gazettes françaises), ou plus exactement sur celui d’Ego Tango, du nom de son premier roman. Un drôle de bouquin assurément, extrêmement littéraire (il n’est pas édité pour rien chez Champ Vallon) et assez sensuel, à l’image de la danse dont il est question. Tout y est mystérieux. D’abord les rapports entre la narratrice et Ezéquiel, l’homme qui partage sa chambre-appartement, vaguement sa vie aussi, qui occupe un peu sur esprit, tout de même, et même son cœur, mais jusqu’à quel point? Elle en parle étrangement, sans passion mais sans indifférence non plus, et c’est l’un des charmes du récit. Il est là, il encombre un peu semble-t-il, il ne dit rien ou pas grand-chose on dirait, paraît assez maladroit dans ses rapports à elle, mais il est là, néanmoins. Il y a donc lui et le tango. Cette danse que la jeune femme pratique dans une salle-café appelée Les 9 Billards (et qui disparaîtra en 2008, précise-t-elle) ou au Latina ou au Cabaret sauvage. Et sur cette activité plane également une sorte de mystère. C’est important pour elle, manifestement, le tango mais, comment dire, elle le laisse deviner plutôt qu’elle l’affirme. Tout, dans ses paroles, dans l’écriture donc, est à fleur des mots. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais plus bas non plus. Le climat est harmonieux, apaisé, même si on devine qu’il ne l’est pas toujours, et il est couplé à une profonde cohérence dans le ton, dans le style qui nous entraîne, nous emporte. Comme sur une piste de danse, tiens. Transparaît néanmoins une vague intrigue, la disparition de Lou et Alexis de Saint-Ours sur laquelle la danseuse enquête – même si «enquête» est un bien grand mot, mais bon, quand même, elle s’interroge. Elle se souvient de moments passés avec eux, Par exemple sur la piste dans les bras du garçon. On en conversation complice avec la fille. Ego Tango est donc un roman qui sort de l’ordinaire, très travaillé dans sa forme, hypnotisant, étrangement rythmé – peut-être sont-ce les rythmes du tango? On l’aura compris, vraiment réussi.