Prendre les riverains pour des canards sauvages

On dit souvent qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. Mon père, qui était à ce point doué en cuisine qu’il faisait brûler ses bouloirs, n’osait pas avoir d’opinion sur ce sujet. D’autant qu’il aurait peut-être fallu envisager de rouvrir le débat essentiel de l’oeuf et de la poule. Toujours est-il que j’ignore comment il aurait pris l’augmentation spectaculaire des vols traversant le ciel de la commune du Brabant où il avait choisi de venir vivre, au calme. Depuis quelques mois, cette zone du Brabant, qui n’avait pour ainsi dire jamais connu de passages d’avion sauf par fort vent de Sud, joue à un nouveau jeu : compter les avions qui passent, de jour comme de nuit. A en croire les décomptes officiels, on en est souvent à plus de cinquante atterrissages par nuit. Les fautifs ? Le plan Ansiaux d’abord, grâce auquel la piste 02 est utilisée pour les atterrissages trois nuits par semaine et un samedi complet sur deux. La piste 02 est trop courte et en pente. Elle implique l’utilisation de l’axe “Ittre”, et les avions survolent le Brabant dans sa région la plus peuplée avant de s’aligner sur Zaventem, au-dessus de Bruxelles. Deuxième fautif : de nouvelles règles relatives aux vents, qui augmentent la fréquence de l’utilisation de cette piste. On pourrait croire à un combat de nantis. Les “riches” du Brabant se battent pour que les nuisances de l’aéroport les épargnent. De ce seul point de vue, force est déjà de reconnaître qu’il y a effectivement quelque chose d’injuste : les riverains qui subissaient les nuisances avant le plan ont reçu des aides, ont acheté leur maison à des prix modiques et savaient ce qu’ils risquaient ; les gens qui souffrent aujourd’hui de ces survols ont payé cher, voire très cher, l’accès au calme. À moins d’apprendre que nous sommes passés subitement dans un régime totalitaire marxiste, il y a là quelque chose qui n’est ni honnête ni juste. Mais il y a plus grave : Bruxelles est sans doute une des dernières grandes villes qui acceptent d’être survolées. Les accidents d’avion sont rares, heureusement ; ce qui est sûr, par contre, c’est qu’un seul aurait des conséquences absolument dramatiques. Mais notre gouvernement fédéral ne s’en soucie pas. La règle du profit à court terme domine une fois de plus. On cède au chantage scandaleux d’une société multinationale qui, on le sait, ne tiendra aucune de ses promesses et recourra au chantage dès qu’on lui rappellera ses obligations. Le plus atterrant est que les syndicats jouent le même jeu. Pour quelques milliers d’emplois supposés, on est prêt à faire courir des risques insensés à des centaines de milliers de citoyens, en les enquiquinant dans l’attente – avec les coûts, dégâts colatéraux, des dépressions et autres pertes de sommeil.

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