quand j'étais primo-vacciné


Le dernier venu dans le vocabulaire global-sanitaire est le plus clinique de tous : « primo-vacciné ». Bien que détestables, « présentiel » ou « gestes barrière » avaient encore la sonorité d’un lointain ancrage physique et préhensible. Mais primo-vacciné ? Électrocardiogramme plat au rayon poésie. Zéro sur l’échelle de la sensibilité. Ni primo-arrivant, ni primo-accédant, ni primo-romancier, ni primo-révolté, ni primo-résigné, ni primo-primate ! Rien de tout ça. Primo, j’avais reçu une première injection. Deuzio : j’attendais la suite. Quand j’étais primo-vacciné, j’évoluais entre deux eaux. Je me tenais, fébrile, à l’entrée d’un univers étrange. J’étais un catéchumène, immobile dans un narthex, assistant de loin à la cérémonie pandémique. Et bientôt on m’appellerait pour m’avancer dans la nef dont on revoyait sans cesse la jauge, puis résolument vers le chœur habité par le dieu-chouchou du moment, Saint-Sars-Cov. Quand j'étais primo-vacciné, j’appartenais étrangement à deux mondes, l’ancien et l’inconnu. J’étais incomplet, sans symptômes apparents, mi-homme, mi-seringue, à moitié-pardonné, à moitié-condamné. Le temps n’était pas long en attendant mon deuxième saut, mon deuxième shot, mon deuxième shoot, ma deuxième dose. Le temps était suspendu, à la fois emberlificoté dans mes cheveux en pétard et dans mes neurones-désespoir. Je ne comprenais pas la langue dans laquelle on s’adressait à moi. Les discussions ne servaient à rien. Elles tenaient du commentaire sur la météo du jour, sur le plat du jour, sur le transfert sportif du jour. Et la nuit était éteinte, pour prolonger l’attente de la prochaine pharmacopée. On Pfizerait de tout et de rien, on AstraZenecajasait, on Modernait si peu, on jouait à être John-John stone. On comparait nos tattoos-piqûres – bras gauche, bras droit ? Quand j’étais primo-vacciné, j’avançais à cloche-pied dans le grand incertain, je vérifiais encore et encore la date du prochain rendez-vous qui ferait de moi, à défaut d’être entier, un homme entièrement accepté.



Photo : Unsplash

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