Quatre livres (récents et plus anciens) à se mettre sous la dent…

Enfin de retour sur ce blog après deux mois d’absence! Un éloignement bénéfique : l’été fut riche en lectures diverses. Voici quatre livres à découvrir sans tarder: L’énigme du retour,  Tu ne jugeras point, L’Homme qui valait 35 milliards et enfin un classique d’entre les classiques La Conjuration des imbéciles.

Premièrement un roman poétique du Montréalais d’origine haïtienne Dany Laferrière qui publie aux éditions Grasset un roman magnifique sur son exil d’Haïti au Canada, et son retour trente ans après sur sa terre d’origine. Poignant, digne et beau, L’Enigme du retour est un des romans les plus personnels et les plus réussis de Dany Laferrière. On ne peut qu’être impressionné par la richesse de l’écriture qui dit magnifiquement la misère d’Haïti. Portrait touchant de l’île, le texte aborde la thématique de l’exil avec beaucoup de douceur, de lucidité et une pointe d’amertume. Le roman n’évoque pas que l’exil de l’espace, il aborde aussi l’exil du temps et la nostalgie de l’enfance (particulièrement bien rendue tout au long de ces 300 pages). Le roman est parsemé de réflexions sur la vie, sur l’absence du père, sur la dictature du temps des Duvalier et des tontons Macoutes, sur la difficulté de revenir au pays. Un livre plein de sagesse… à lire sans hésiter.                                      


Du côté des romans belges, épinglons Tu ne jugeras point d’Armel Job paru aux éditions Robert Laffont. Les romans d’Armel Job sont toujours à la fois entraînants et très sobres – deux qualités qui ne sont pas forcément faciles à conjuguer -, et parviennent à sonder l’âme humaine de manière pertinente. Ce dernier roman ne fait pas exception à la règle: il scrute une affaire à la base sordide puisqu’il est question d’un enlèvement d’enfant. Le juge Conrad qui est chargé de l’affaire se demande, après quelques interrogatoires, si la mère n’est pas responsable de la mort de son petit garçon… Si la thématique semble tragique, l’enjeu est en fait surtout de s’interroger sur ce qui fonde la culpabilité, la honte et une certaine forme de dignité. Le roman nous prend dans ses filets et ne nous lâche plus. L’enquête, les interrogatoires et la reconstitution nous entraînent dans un roman passionnant à la frontière entre le roman policier et le roman psychologique.



Retenons encore pour cette rentrée littéraire belge le roman de Nicolas Ancion, L’Homme qui valait 35 milliards, un texte qui fait la part belle à la fantaisie mais aussi à l’actualité puisque le héros, un artiste-plasticien, kidnappe Monsieur Mittal, le patron du groupe sidérurgique du même nom, et l’oblige à réaliser des œuvres d’art contemporaines. A côté de l’aspect loufoque et délirant de l’entreprise, il y a tout au long de ces pages une réflexion sur la société actuelle et, on l’aura compris, une attaque en règle à l’encontre des capitaines d’industrie qui délocalisent pour augmenter les bénéfices. Le roman a enfin ceci de particulier qu’il raconte en parallèle plusieurs histoires qui se recoupent (ou pas), et qui ont en commun la bonne humeur, la tendresse et une humanité de bistrot sympathique. On sent que l’auteur s’amuse, et on ne peut s’empêcher de s’amuser avec lui.