Quatre siècles de lettres manuscrites


En plus d’écrire des livres, les écrivains français, de La Marquise de Sévigné ou Voltaire à Flaubert ou Proust, furent d’infatigables épistoliers. Dans cet album, Cécile Guilbert présente un peu plus de trente lettres qu’elle accompagne de leur photocopie, prenant soin de sortir des correspondances trop attendues. Ainsi, ce n’est pas à sa fille, à qui elle a envoyé deux lettres par semaine pendant vingt-cinq ans, que s’adresse ici la Marquise de Sévigné mais à Louis de Plessis, l’ancien précepteur de son fils, qu’elle félicite pour son mariage. Diderot écrit à Marie-Madeleine Joy, jeune comédienne qu’il a fait sortir (avec sa mère) de la Salpêtrière et à qui il n’hésite pas à faire la morale. Elle publiera un texte féministe en 1790. C’est leur fils, dont il se plaint de la mauvaise orientation voulue par sa belle-mère, qui est centre de l’une des nombreuses lettres expédiées par Sade à sa femme depuis le fort de Vincennes. Dans le très court texte de condoléances qu’il adresse à Danton au lendemain de la mort de sa femme, le 15 février de l’an 2 de la République, Robespierre assure son vieux compagnon de lutte de son «amitié», affirmant l’aimer «plus que jamais et jusqu’à la mort». «N’est-ce pas que ta vie est attachée à la mienne comme la mienne à toi? N’est-ce pas que tu m’es bien fidèle et que je suis une folle d’en douter?»: par une série de questions mêlant doute et attachement sincère, Juliette Drouet tâche de se rassurer sur l’amour que lui porte son «Victor adoré». Sur le ton tendre de la complicité, Georges Sand confie à son cher Gustave Flaubert les difficultés dues à son âge tout en s’enquérant de son travail à lui. On peut encore lire des lettres de Verlaine au rédacteur d’un journal, de Louise Michel à Monsieur Stock, l’éditeur de son livre sur la Commune, d’Apollinaire à Lou, de Proust à son frère Robert (où il est notamment question de la critique littéraire du Figaro qui lui avait été promise avant d’être confiée à un autre), de Saint-Exupéry à Mermoz, de Gary à son amour de jeunesse, la Suédoise Christel Kryland, de Jean Moulin à sa sœur Laure, de Magritte à Joë Bousquet, de Camus à un appelé d’Algérie en 195:«Ce qui vous retient en Algérie, c’est ce qui pèse sur mes journées, qui m’a retranché définitivement d’une société intellectuelle prête à toutes les démissions»). Ou de Françoise Giroud qui avoue à Sartre sa «peine» de le savoir «furieux» suite à un article qu’elle lui a consacré, sans pour autant rien renier.