Que la vie demeure


J’ai toujours été passionné par les rapports privilégiés – mais si délicats à établir – qui existent entre la musique et la littérature. Pas simplement raconter qu’un personnage va au concert ou joue d’un instrument ; trouver la vraie “symphonie”. C’est ce miracle qu’accomplit Enquist. La narratrice s’applique – s’acharne – à jouer les Variations Goldberg de Bach, composées après la mort d’un de ses fils. Elle vient de perdre sa fille. Du clavier au stylo, de la musique au souvenir, se compose sous nos yeux l’alchimie du récit de mémoire. Celui par lequel, magiciens fragiles et impuissants, les écrivains s’efforcent de maintenir en vie ceux qui ne sont plus. Ceux qui ne vivent plus que dans la musique, dans les mots. Il ne s’agit en aucun cas d’un requiem lugubre. Une musique de vie, avec ses joies, ses tensions, ses combats, ses moments de tendresse. Un canon, une fugue ; deux vies à l’unisson, même si l’une d’elles s’est éteinte. Un livre à lire en écoutant Bach, évidemment.